Professeur Lin Chong'an : Préface à *Études sur le Madhyamaka tibétain — La Vue profonde du Madhyamakāvatāra*
L'érudition bouddhiste tibétaine se caractérise par son analyse pénétrante de la juste vue dans le Madhyamaka, par l'exploration minutieuse des points difficiles de la doctrine, et par l'élucidation du sens profond de l'absence de soi. P...
Préface à Études sur le Madhyamaka tibétain : La Vue profonde du Madhyamakāvatāra
Lin Chong'an, 2007
L'érudition bouddhiste tibétaine se caractérise par son analyse pénétrante de la juste vue dans le Madhyamaka, par l'exploration minutieuse des points difficiles de la doctrine, et par l'élucidation du sens profond de l'absence de soi. Parmi ces recherches, l'étude du Madhyamakāvatāra occupe une place de choix. Le traité embrasse les deux grands aspects de la tradition du Madhyamaka : la vue profonde et la conduite vaste — autrement dit, la sagesse et la compassion. Cet ouvrage prend pour fil conducteur de la « vue profonde » au sein des études tibétaines sur le Madhyamaka le célèbre commentaire de Tsongkhapa sur le Madhyamakāvatāra (le Madhyamakāvatārabhāṣya, ou « Commentaire étendu qui éclaire clairement la signification visée »), et le développe comme un prolongement de la section vipaśyanā (vision pénétrante) du Lam rim chen mo (Grand Traité des étapes de la voie vers l'éveil).
Le Bouddha enseigna les trois sceaux du Dharma : tous les phénomènes conditionnés sont impermanents, tous les phénomènes sont dépourvus de soi, et le nirvāṇa se situe au-delà de toute élaboration conceptuelle. Deux cents ans après son décès, les écoles bouddhistes commencèrent à diverger quant au sens de l'absence de soi et de la vacuité — les unes défendant un « soi identique aux agrégats », les autres un « soi inexprimable », et ainsi de suite. Environ six cents ans après le parinirvāṇa du Bouddha, vers le IIᵉ siècle de notre ère, parut la Mūlamadhyamakakārikā de Nāgārjuna, qui clarifia le sens de l'absence de soi et de la vacuité tel qu'on le trouve dans les Āgamas, réfutant des vues erronées comme celle d'un soi distinct des agrégats, d'un soi identique aux agrégats, d'un soi inexprimable, d'un soi d'existence substantielle ou d'un soi de nature intrinsèque. Pourtant, la philosophie de la Mūlamadhyamakakārikā est si subtile qu'elle est encore souvent mal comprise. Vers 650 de notre ère environ, le Madhyamakāvatāra de Candrakīrti vit le jour, offrant une analyse plus nuancée de l'absence de soi et de la vacuité, unissant la vue profonde et la conduite vaste par la grande compassion du bodhisattva. Il fut tenu pour le couronnement de la pensée bouddhiste indienne tardive. Ce système est connu sous le nom de branche Prāsaṅgika de l'école Madhyamaka.
Dans l'érudition bouddhiste tibétaine, l'analyse rationnelle occupe une place centrale : on y recourt aux méthodes du pramāṇa dans le débat et l'on s'appuie largement sur les sūtras et les śāstras pour examiner les principes doctrinaux. Ce style se retrouve tout au long des œuvres de Tsongkhapa — depuis son commentaire de jeunesse sur l'Abhisamayālaṃkāra, le Legs bshad gser phreng (Guirlande d'or de paroles élégantes), composé à trente et un ans, en passant par le Lam rim chen mo de la période intermédiaire, à quarante-six ans, jusqu'à son commentaire tardif sur le Madhyamakāvatāra, à soixante-deux ans. La philosophie du Madhyamaka étant extrêmement profonde, le commentaire de Tsongkhapa sur le Madhyamakāvatāra en clarifie les points les plus subtils et les plus ardus, offrant aux praticiens à venir un guide fiable.
La position propre à l'école Prāsaṅgika est que tous les phénomènes — qu'ils soient matériels ou mentaux — n'existent pas de leur propre côté, sont vides de nature intrinsèque et vides de caractéristiques inhérentes. Qui plus est, cette perspective rejoint les conclusions de la science moderne, qui considère que tout phénomène observé est nécessairement façonné par l'observateur. La vue selon laquelle les phénomènes sont « vides de nature intrinsèque, vides de caractéristiques inhérentes, et n'existent pas de leur propre côté » peut donc résister à l'examen scientifique.
Les pratiques contemplatives du Dharma se résument à śamatha (l'apaisement) et vipaśyanā (la vision pénétrante). Clarifier le sens de l'absence de soi est au cœur de la vipaśyanā. Pour véritablement comprendre l'absence de soi des phénomènes, il faut d'abord étudier et approfondir les enseignements centraux sur l'absence de soi tels qu'ils sont présentés dans le Madhyamakāvatāra, puis cultiver l'union de l'apaisement et de la vision pénétrante afin de réaliser directement la réalité ultime et d'atteindre la paix du nirvāṇa. Pour préparer ce volume, je me suis appuyé sur la traduction chinoise du Vénérable Fazun du commentaire de Tsongkhapa (publiée pour la première fois en 1942), en me concentrant sur le thème de la vue profonde. J'ai effectué une collation préliminaire avec le tibétain original, ajouté de brèves notes explicatives, et condensé le plan développé en une série de chapitres concis adaptés au lecteur moderne. L'ouvrage s'ouvre sur une présentation concise de l'absence de soi des phénomènes, suivie d'une exposition détaillée de l'absence de soi des phénomènes et de l'absence de soi des personnes, répartie en trois chapitres (trois unités). Les cinq chapitres restants sont eux aussi organisés en unités distinctes afin de faciliter l'enseignement et d'aider le lecteur à saisir les points essentiels. Leurs contenus sont : la réalisation par le Hīnayāna de l'absence de soi des phénomènes, l'examen des conceptions erronées de la réalité, la distinction entre les deux vérités, l'absence totale de production intrinsèque, et la différenciation des types de vacuité.
Je me souviens qu'en août 1975, grâce à des circonstances favorables, je commençai à étudier les enseignements de l'école Nyingma tibétaine auprès du Gourou Mérit-Dharma-Bannière (1914–1997). En novembre de la même année, je commençai également à étudier sous la direction du Lama Champa Jigmey (Professeur Ouyang Wuwei, 1913–1991), parcourant successivement les textes essentiels de l'école Gelug en tibétain : un manuel d'introduction au pramāṇa, le Siddhāntadīpa (Lampe des thèses), le Legs bshad gser phreng de Tsongkhapa, commentaire de l'Abhisamayālaṃkāra, son commentaire sur le Madhyamakāvatāra, et le Pramāṇavārttika. L'étude dura seize années en tout, dont je retirai un immense bénéfice. Aujourd'hui, en revisitant l'ancien pour y apprendre du nouveau, passant du pramāṇa au Madhyamakāvatāra, j'ai rassemblé les significations essentielles du commentaire de Tsongkhapa dans ce volume, Études sur le Madhyamaka tibétain, en modeste témoignage de gratitude envers mes maîtres.
Puisse le Vrai Dharma longtemps perdurer !
◎ Ce livre est publié par les Éditions Daqian. Voici la table des matières :
Chapitre 1 : Matériaux liés à la Mūlamadhyamakakārikā
Chapitre 2 : Une présentation concise de l'absence de soi des phénomènes
Chapitre 3 : Une exposition détaillée de l'absence de soi des phénomènes
Chapitre 4 : Une exposition détaillée de l'absence de soi des personnes
Chapitre 5 : La réalisation par le Hīnayāna de l'absence de soi des phénomènes
Chapitre 6 : L'examen des conceptions erronées de la réalité
Chapitre 7 : La distinction entre les deux vérités
Chapitre 8 : L'absence totale de production intrinsèque
Chapitre 9 : La différenciation des types de vacuité