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Professeur Lin Chong'an : La [Formule figée des Trois Entraînements] dans le Dīrgha Āgama

Lin Chong'an

La [Formule figée des Trois Entraînements] dans le Dīrgha Āgama

Lin Chong'an

Résumé

Le Dīrgha Āgama consacre une place considérable à un passage récurrent sur les Trois Entraînements. Cette formule figée apparaît pour la première fois dans le Sūtra Ambaṣṭha (N20), et les sūtras suivants la reprennent sous une forme abrégée, bien que leur contenu demeure identique. Sur les trente sūtras du Dīrgha Āgama, neuf comportent la [Formule figée des Trois Entraînements]. Ce qui frappe, c'est qu'aucune autre formule figée de tout le Dīrgha Āgama n'égale sa longueur : les Trois Entraînements occupent donc clairement une place centrale dans la collection — et ne se réduisent pas aux descriptions ultérieures qui en font une « réfutation des voies non bouddhiques » ou un enseignement « faste et agréable ».


1. La [Formule figée des Trois Entraînements] dans le Dīrgha Āgama

Les sūtras du Dīrgha Āgama qui contiennent la [Formule figée des Trois Entraînements] (numéros de sūtra indiqués par N) sont les suivants : N20 Sūtra Ambaṣṭha , N22 Sūtra Soṇadaṇḍa, N23 Sūtra Kūṭāḍa, N24 Sūtra du Ferme, N25 Sūtra Nigaṇṭha, N26 Sūtra Tevijja, N27 Sūtra Sāmaññaphala, N28 Sūtra Poṭṭhapāda et N29 Sūtra Loḷa. L'enseignement central que partagent tous ces textes est une exposition détaillée des Trois Entraînements, présentée sous forme de formule figée. Dans le N20 Sūtra Ambaṣṭha, la [Formule figée des Trois Entraînements] compte environ 4 500 caractères. Dans les sūtras qui suivent (N22–N29), elle se résume à « …et ainsi de suite », mais le contenu est en substance le même (encore que, selon l'auditoire, le Bouddha n'enseigne parfois que l'éthique et la méditation). Présenter ces passages sous une forme figée souligne à la fois leur importance et aide les auditeurs à les mémoriser. Le Dīrgha Āgama contient certes de nombreux autres enseignements plus brefs sur les Trois Entraînements, en dehors de cette formule, mais il s'agit généralement de passages courts.

2. Points clés de la [Formule figée des Trois Entraînements] segmentée

Dans le Sūtra Ambaṣṭha (N20), la [Formule figée des Trois Entraînements] compte environ 4 500 caractères. Pour en saisir la structure et les points essentiels, on peut s'appuyer sur le cadre proposé par le Yogācārabhūmi Śāstra, qui distingue « l'accumulation des conditions inférieures » et « l'accumulation des conditions supérieures ». Le Yogācārabhūmi Śāstra énonce :

Si l'on possède la plénitude personnelle, la plénitude d'autrui, un désir vertueux pour le Dharma, un renoncement juste, la discipline éthique, la maîtrise des facultés, la modération alimentaire, la pratique assidue du yoga de la veille durant la première et la dernière veille de la nuit, la demeure en pleine conscience, la joie de la solitude, la purification des entraves et le recours au samādhi… — de la plénitude personnelle jusqu'au recours final au samādhi, voilà ce que l'on appelle l'accumulation des conditions inférieures.

Si l'on s'appuie sur l'enseignement des Quatre Nobles Vérités, en accueillant tout conseil d'autrui, et que l'on exerce son attention sur un juste fondement rationnel — voilà ce que l'on appelle l'accumulation des conditions supérieures.

Ce texte énumère douze conditions inférieures et une condition supérieure — treize au total. À partir de ce cadre, on peut segmenter la [Formule figée des Trois Entraînements] du Sūtra Ambaṣṭha et en dégager les points essentiels :

(1) 【Entraînement éthique · Formule fixe】

[Conditions inférieures : 1. Perfection personnelle, 2. Perfection des autres] Passage du Sūtra :

Lorsque le Tathāgata apparaît dans le monde, il est digne d'offrandes, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en conduite et en connaissance, un bien-parti, connaisseur du monde, être sans égal, dompteur de ceux qu'il faut dompter, maître des dieux et des humains, le Bouddha, l'Honoré du Monde. Parmi tous les dieux, humains, ascètes et brahmanes — parmi les dieux, les māras et les rois Brahmā — lui seul s'éveille à la vérité et la réalise personnellement, et enseigne le Dharma aux autres. Ses paroles sont excellentes au début, au milieu et à la fin, riches de sens et de saveur, ouvrant la voie de la pureté.

L'essentiel ici est de pouvoir entendre le vrai Dharma et d'y éveiller une foi pure. Le Yogācārabhūmi Śāstra énonce :

Qu'est-ce que la perfection personnelle ? C'est obtenir une bonne naissance humaine, naître dans une terre noble, avoir des facultés intactes, placer une foi pure dans le but suprême, et être libre des obstacles karmiques... Qu'est-ce que la perfection des autres ? C'est le fait que les bouddhas soient apparus dans le monde, que le vrai Dharma ait été enseigné, que l'enseignement ait longtemps perduré, que le Dharma continue d'être transmis, et que les autres éprouvent de la compassion envers soi... Que signifie « enseigner le vrai Dharma » ? C'est le fait que ces bouddhas bénis, par compassion pour tous les śrāvakas, apparaissent dans le monde et enseignent le Dharma incommensurable de la souffrance, de son origine, de sa cessation et de la voie, fondé sur les Quatre Nobles Vérités.

[3. Désir sain pour le Dharma] Passage du Sūtra :

Si un chef de famille, un fils de chef de famille, ou une personne d'une autre caste entend le vrai Dharma, la foi et la joie surgissent immédiatement. Avec ce cœur fidèle et joyeux, ils pensent : « Je vis actuellement à la maison, lié par une épouse et des enfants, incapable de cultiver la pure vie sainte. Ne vaudrait-il pas mieux raser mes cheveux et ma barbe, revêtir les trois robes, et quitter la vie domestique pour pratiquer la voie ? »

L'essentiel ici est l'émergence de l'esprit de renoncement. Le Yogācārabhūmi Śāstra énonce :

Qu'est-ce que le désir sain pour le Dharma ? Supposons qu'une personne entende le vrai Dharma de la bouche du Bouddha ou de ses disciples et acquière une foi pure. Ayant acquis une foi pure, elle réfléchit : « La vie domestique est étouffante et poussiéreuse, comme vivre dans une pièce pleine de poussière. La vie du renonçant est aussi ouverte et spacieuse que le ciel. C'est pourquoi je devrais maintenant tout abandonner — épouses, enfants, parents, richesse, grain et trésors — et, au sein du Dharma et de la Vinaya bien enseignés, quitter proprement la vie domestique pour la vie sans foyer. Une fois sorti, je pratiquerai avec diligence pour mener la voie à la perfection. » Le désir qui surgit ainsi pour les choses saines est appelé désir sain pour le Dharma.

[4. Renoncement approprié] Passage du Sūtra :

À un moment ultérieur, ils laissent derrière eux leurs biens domestiques, abandonnent leurs proches, rasent leurs cheveux et leur barbe, revêtent les trois robes, et sortent du foyer pour pratiquer la voie.

Ce passage relie le « désir sain pour le Dharma » qui précède au renoncement effectif, montrant clairement que la pratique des Trois Entraînements qui suit est centrée sur les renonçants. Le Yogācārabhūmi Śāstra énonce :

Qu'est-ce que le renoncement approprié ? Sous l'impulsion de ce désir sain et supérieur pour le Dharma, on reçoit les préceptes complets à travers la cérémonie de proclamation quadruple, ou l'on entreprend l'entraînement ascétique de la discipline.

[5. Discipline éthique] Passage du Sūtra :

a [Maîtrise corporelle]

(a) Comme les autres renonçants, ils renoncent aux parures et observent les préceptes, ne nuisant à aucun être vivant. Ils abandonnent les couteaux et les armes, portant un sentiment de pudeur et de compassion envers tous les êtres — ceci est le non-tuer.

(b) Ils abandonnent l'intention de voler, ne prenant que ce qui est librement donné, l'esprit pur et libre de toute pensée de vol — ceci est le non-vol.

(c) Ils abandonnent le désir sexuel, cultivant purement la vie sainte, diligents et énergiques, sans souillure de désir, demeurant dans la pureté — ceci est l'absence d'inconduite sexuelle.

b [Maîtrise verbale]

(d) Ils abandonnent le mensonge, parlant sincèrement et véridiquement, sans tromper personne — ceci est le non-mensonge.

(e) Ils abandonnent la parole divisive. Ce qu'ils entendent ici, ils ne le répètent pas là ; ce qu'ils entendent là, ils ne le répètent pas ici. Ceux qui sont éloignés, ils les réconcilient habilement, les aidant à redevenir proches et à se respecter. Toutes leurs paroles sont harmonieuses et bien rythmées — ceci est l'absence de parole divisive.

(f) Ils abandonnent la parole grossière. Les mots rudes et crus, qui se plaisent à provoquer les autres et à susciter du ressentiment — une telle parole, ils y renoncent. Leurs paroles sont douces, n'engendrant ni inimitié ni nuisance, et apportant un bénéfice à beaucoup. Les gens les respectent et les aiment, et se réjouissent d'entendre ce qu'ils disent — ceci est l'absence de parole grossière.

(g) Ils abandonnent la parole frivole. Ils parlent au bon moment, avec véracité et en accord avec le Dharma, résolvant les disputes par la Vinaya. Ils parlent lorsqu'il y a lieu de parler, jamais à la légère — ceci est l'abandon de la parole frivole.

c [Pureté de subsistance]

(h) Ils s'abstiennent de boire de l'alcool et évitent les lieux de dissipation.

(i) Ils ne portent ni parfums, ni fleurs, ni guirlandes.

(j) Ils n'assistent ni aux chants, ni aux danses, ni aux spectacles.

(k) Ils ne s'assoient ni sur des lits hauts, ni sur des lits luxueux.

(l) Ils ne mangent pas à des heures indues.

(m) Ils n'acceptent ni n'utilisent l'or, l'argent ni les sept substances précieuses.

(n) Ils ne prennent ni épouses ni concubines. Ils ne possèdent ni esclaves, ni éléphants, ni chevaux, ni chars, ni bœufs, ni poules, ni chiens, ni cochons, ni moutons, ni champs, ni maisons, ni jardins. Ils ne trompent pas les gens avec de faux poids et de fausses mesures. Ils n'agrippent ni ne bousculent autrui avec les mains ou les poings. Ils n'éludent pas leurs dettes, ne portent pas de fausses accusations et ne se livrent pas à la fraude. Ils renoncent à tous ces maux et mettent fin aux disputes et aux querelles. Ils agissent au moment opportun et s'abstiennent d'agir au moment inopportun. Ils ne mangent que ce qui est nécessaire pour sustenter le corps, sans rien mettre en réserve. Ils ne portent que les vêtements strictement nécessaires. Leur robe monastique et leur bol d'aumônes sont toujours avec eux, tout comme l'oiseau emporte ses ailes partout où il va. Il en va ainsi d'un moine, qui ne possède rien d'autre.

(a) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en recevant les aumônes des fidèles, continuent de chercher toujours davantage — jamais satisfaits de vêtements et de nourriture. Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(b) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en vivant des aumônes des fidèles, se livrent à des activités de subsistance, plantant des arbres qui deviennent des demeures pour les esprits. Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(c) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en vivant des aumônes des fidèles, imaginent toutes sortes de moyens pour rechercher des objets de luxe — ivoire, pierres précieuses rares, grands lits élevés, toutes sortes d'étoffes brodées et de literie de soie fine. Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(d) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en recevant les aumônes des fidèles, trouvent des moyens de se parer — oignant leurs corps de beurre clarifié, se baignant dans une eau parfumée, appliquant des poudres parfumées, huilant leurs cheveux, portant de belles guirlandes, colorant leurs yeux en bleu foncé, poudrant leurs visages, portant des anneaux polis et des ornements, se mirant dans les miroirs, portant des sandales de cuir colorées et des robes d'un blanc immaculé, portant des armes, entourés de serviteurs, abrités par des parasols et des éventails ornés de pierreries, circulant dans des chars ornés de pierreries. Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(e) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en vivant des aumônes des fidèles, s'adonnent à des jeux et divertissements — jeux de plateau, jeux de hasard, jeux sur damiers de huit, dix ou cent cases, ou tout autre type de jeu, ainsi que toutes sortes de plaisanteries et de rires. Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(f) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en vivant des aumônes des fidèles, ne parlent que de choses qui obstruent le chemin et ne servent à rien — récits de rois, de batailles et d'armées ; les agissements des fonctionnaires et des ministres ; promenades et sorties dans les parcs et jardins ; discours sur le sommeil et le lever, la marche et les femmes ; discussions sur les vêtements, la nourriture et les affaires familiales ; et histoires de navigations en mer pour chercher des trésors. Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(g) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en vivant des aumônes des fidèles, recourent à d'innombrables stratagèmes pour une subsistance blâmable — paroles flatteuses, démonstrations trompeuses, louant ou calomniant autrui pour gagner les faveurs, cherchant le profit par le profit. Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(h) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, tout en vivant des aumônes des fidèles, ne font que discuter et se quereller — dans les jardins, aux bassins de bain, dans les salles — échangeant des accusations : « Je connais les sūtras et le Vinaya, tu ne sais rien. Je marche sur le droit chemin, tu marches sur le mauvais. Je peux mettre ce qui est premier en dernier et ce qui est dernier en premier. Je peux te supporter, mais toi tu ne peux pas me supporter. Tout ce que tu dis est faux. Si tu as des questions, viens à moi — je peux toutes y répondre. » Ceux qui sont entrés dans ma voie n'agissent pas ainsi. »

(i) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, vivant d'aumônes offertes par les fidèles, agissent comme entremetteurs et messagers — portant des commissions pour les rois, les ministres royaux, les brahmanes ou les chefs de famille, transmettant des messages d'ici vers là et de là vers ici, délivrant le message de cette personne à celle-là et celui de celle-là à celle-ci — qu'ils le fassent eux-mêmes ou le fassent faire par d'autres. Ceux qui sont entrés dans ma voie ne font pas de telles choses. »

(j) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, vivant d'aumônes offertes par les fidèles, s'occupent de batailles et de combats — s'exerçant avec des épées, des bâtons, des arcs et des flèches ; organisant des combats entre coqs, chiens, porcs, moutons, éléphants, chevaux, bétail et chameaux ; opposant hommes et femmes les uns aux autres ; et produisant toutes sortes de bruits — cors, tambours, chants, danses, acrobaties sur des mâts, et toute sorte de spectacles. Ceux qui sont entrés dans ma voie ne font pas de telles choses. »

(k) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, vivant d'aumônes offertes par les fidèles, pratiquent des arts malsains pour un mode de vie illégitime — lisant les signes de la fortune des hommes et des femmes, prédisant le bon ou le mauvais, le beau ou le laid, et tirant la bonne aventure des animaux, le tout pour en tirer profit. Ceux qui sont entrés dans ma voie ne font pas de telles choses. »

(l) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, vivant d'aumônes offertes par les fidèles, pratiquent des arts malsains pour un mode de vie illégitime — invoquant les esprits, les exorcisant ou les faisant demeurer ; prononçant toutes sortes d'incantations [示*厌] par d'innombrables méthodes ; effrayant les gens ; prétendant pouvoir rassembler ou disperser, causer souffrance ou plaisir ; assistant les femmes lors de l'accouchement et de la délivrance ; jetant des sorts pour transformer les gens en ânes ou en chevaux ; rendant les gens aveugles, sourds ou muets ; exhibant toutes sortes de tours ; joignant les mains vers le soleil et la lune ; et accomplissant diverses austérités — le tout pour en tirer profit. Ceux qui sont entrés dans ma voie ne font pas de telles choses. »

(m) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, vivant d'aumônes offertes par les fidèles, pratiquent des arts malsains pour un mode de vie illégitime — jetant des sorts pour guérir les maladies, récitant des incantations sombres ou des charmes bénéfiques, pratiquant la médecine, l'acupuncture et les remèdes à base de plantes pour traiter toutes sortes de maladies. Ceux qui sont entrés dans ma voie ne font pas de telles choses. »

(n) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, vivant d'aumônes offertes par les fidèles, pratiquent des arts malsains pour un mode de vie illégitime — jetant des sorts sur le feu et l'eau, récitant des incantations d'esprits, des incantations kṣatriya, des incantations aviaires, des incantations pour les membres, des incantations pour protéger les maisons, des charmes pour défaire les effets du feu ou des morsures de rats ; lisant des livres sur la vie et la mort, interprétant les rêves, lisant dans les paumes et sur les visages, dressant des horoscopes, ou récitant des textes sur toute sorte de sons. Ceux qui sont entrés dans ma voie ne font pas de telles choses. »

(o) « Māṇava, d'autres ascètes et brahmanes, vivant d'aumônes offertes par les fidèles, pratiquent des arts malsains pour un mode de vie illégitime — devinant le temps qu'il fera, prédisant la pluie ou la sécheresse, si le grain sera cher ou bon marché, si la maladie sera répandue ou rare, si les temps seront effrayants ou sûrs ; prédisant les tremblements de terre, les comètes, les éclipses solaires et lunaires, ou si les étoiles seront éclipsées ou non, proclamant tel bon présage ou tel mauvais signe. Ceux qui sont entrés dans ma voie ne font pas de telles choses. »

(p) Mahāli ! D'autres śramaṇas et brāhmaṇas, qui vivent des aumônes des fidèles mais poursuivent des pratiques qui obstruent le chemin et gagnent leur vie par un mode de vie illégitime — certains d'entre eux disent que ce pays-ci est meilleur que celui-là, ou que ce pays-là est pire que celui-ci ; ils lisent les augures de chance et de malchance, pronostiquant l'élévation et la chute. Ceux qui sont entrés dans mon Dharma ne font aucune de ces choses. Ils cultivent simplement les saints préceptes, leur esprit libre d'attachement, intérieurement rempli de joie et d'allégresse.

Le point essentiel de ce long passage est la garde constante des préceptes. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

Qu'est-ce que la retenue de la discipline éthique ? Ayant ainsi dûment renoncé au monde, on demeure dans les préceptes parfaits, maintenant fermement la discipline de la libération individuelle, avec toutes les règles de conduite et de comportement portées à la perfection. Percevant un grand danger dans la moindre transgression, on entreprend l'entraînement sous tous ses aspects.

(II) [L'Entraînement du Samādhi · Formule Fixe]

[6. Retenue des Facultés] Passage sūtra :

(a) Bien que l'œil perçoive les formes, il ne s'attache pas à leurs particularités. L'œil n'est pas lié par les formes. Ferme et immobile, libre de désir, sans chagrin ni affliction, exempt de toute souillure, il observe les préceptes et garde bien la faculté de l'œil.

(b) L'oreille, le nez, la langue, le corps et l'esprit sont pareillement.

(c) On maîtrise avec habileté les six contacts, les gardant et les domptant, les amenant à la paix.

(d) C'est comme conduire un char à quatre chevaux sur un terrain uni — un habile conducteur, fouet et rênes en main, l'empêche de quitter la voie.

(e) Il en va de même pour un bhikṣu qui guide les six chevaux des facultés, dans la paix, sans jamais perdre la voie.

Le point essentiel de ce passage est de cultiver la juste attention pour garder l'esprit. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

Qu'est-ce que la retenue des facultés ? Sur la base de cette retenue éthique, on garde la juste attention et cultive une attention constante et pénétrante. Par l'attention, on protège l'esprit, demeurant dans l'équilibre. Ayant vu une forme avec l'œil, on ne s'attache pas à ses particularités ni à ses détails plaisants. De peur que, sans cultiver la retenue de la faculté de l'œil, l'esprit ne se laisse envahir par la cupidité, le chagrin et les états malsains, c'est précisément là qu'on cultive la pratique de la retenue, gardant la faculté de l'œil. Pratiquant ainsi — ayant entendu un son avec l'oreille, senti une odeur avec le nez, goûté une saveur avec la langue, éprouvé un contact avec le corps, ou connu un phénomène avec l'esprit — on ne s'attache pas aux particularités ni aux détails plaisants. De peur que, sans cultiver la retenue de la faculté de l'esprit, l'esprit ne se laisse envahir par la cupidité, le chagrin et les états malsains, c'est précisément là qu'on cultive la pratique de la retenue, gardant la faculté de l'esprit. C'est ce qu'on appelle la retenue des facultés.

[7. Connaissance de la Juste Mesure dans l'Alimentation] Passage sūtra :

(a) Possédant de tels préceptes saints et ayant atteint les saintes facultés, on sait se contenter de peu en matière de nourriture et ne convoite pas les saveurs. On mange uniquement pour soutenir le corps, afin qu'aucune souffrance nouvelle ne surgisse et qu'aucun orgueil ne gonfle. On régule le corps afin que l'ancienne souffrance s'estompe et que la nouvelle ne surgisse pas — fort et allégé, le corps à l'aise.

(b) C'est comme quelqu'un appliquant un médicament sur une blessure, n'ayant d'autre intention que de la guérir — ne cherchant pas l'ornement, ne s'enflant pas d'orgueil.

(c) Mahāli ! De même, un bhikṣu mange suffisamment pour soutenir le corps, sans s'adonner à l'orgueil ni à la licence.

(d) C'est aussi comme huiler un chariot afin qu'il roule sans heurts pour le transport et atteigne sa destination.

(e) De même, un bhikṣu mange suffisamment pour soutenir le corps, son but étant de parcourir la voie.

Le point essentiel de ce passage est de connaître la modération dans l'alimentation. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

Qu'est-ce que la connaissance de la juste mesure dans l'alimentation ? Ayant ainsi gardé les facultés, on mange avec juste discernement — non pour l'indulgence, non pour l'orgueil et la dissipation, non pour l'ornement, non pour la vanité. On mange pour la subsistance du corps, pour un soutien temporaire, pour dissiper la faim et la soif, pour maintenir la sainte vie, pour mettre fin aux anciens sentiments [de faim], et pour empêcher qu'il n'en surgisse de nouveaux — afin que la force, l'aisance, l'irréprochabilité et le paisible séjour puissent être maintenus.

[8. Le Yoga de la Vigilance] Passage sūtra :

Mahāli ! Un bhikṣu, ayant perfectionné de tels préceptes saints, ayant atteint les saintes facultés et sachant se contenter de nourriture, est diligent et vigilant pendant les premières et dernières veilles de la nuit. Pendant le jour aussi, qu'il marche ou qu'il soit assis, il demeure constamment dans l'attention unifiée, écartant les obscurations. Lors de la première veille de la nuit, qu'il marche ou qu'il soit assis, il demeure constamment dans l'attention unifiée, écartant les obscurations. Puis, lorsque la veille intermédiaire arrive, il se couche sur le côté droit, résolu à se lever à temps, son attention fixée sur la lumière, son esprit clair et sans confusion. Lors de la dernière veille, il se lève et contemple — qu'il marche ou qu'il soit assis, demeurant constamment dans l'attention unifiée, écartant les obscurations.

L'essentiel de ce passage est la pratique continuelle de la méditation de la marche et de la position assise pendant les premières et dernières veilles de la nuit. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

Qu'est-ce que la pratique constante et diligente du yoga de vigilance pendant les premières et dernières veilles ? Ayant connu la juste mesure dans l'alimentation, on purifie l'esprit des tendances obstructives pendant la journée, par les deux modes de méditation de la marche et de la position assise. Dans la première veille de la nuit aussi, on purifie l'esprit des tendances obstructives par ces mêmes deux modes. Lorsque cette veille est passée, on sort de la demeure, on se lave les pieds, « on retourne à la demeure », et l'on se couche sur le côté droit avec les jambes repliées, demeurant dans la perception de la lumière, avec juste attention, juste connaissance et la pensée du lever. Dans la dernière veille de la nuit, on s'éveille rapidement et, par les deux modes de méditation de la marche et de la position assise, on purifie l'esprit des tendances obstructives.

[9. Demeurer avec une claire connaissance] Passage du Sūtra :

(a) Un bhikṣu ainsi complet dans les préceptes saints, ayant atteint les saintes facultés, sachant se contenter de nourriture, diligent et vigilant pendant les premières et dernières veilles, demeure constamment dans l'attention unifiée, sans confusion.

(b) Que signifie pour un bhikṣu avoir une attention sans confusion ?

Un tel bhikṣu contemple le corps à l'intérieur du corps, diligent et infatigable, attentif et conscient, écartant la cupidité et le chagrin mondains. Il contemple le corps extérieurement, et le corps à la fois intérieurement et extérieurement — diligent et infatigable, attentif et conscient, abandonnant la cupidité et le chagrin mondains.

La contemplation des sensations, de l'esprit et des phénomènes est semblable. Telle est l'attention sans confusion d'un bhikṣu.

(c) Qu'est-ce que l'unification ?

Un tel bhikṣu — qu'il aille ou vienne, regarde devant lui ou jette un regard de côté, se penche ou s'étire, s'incline ou lève la tête, tienne la robe et le bol, reçoive nourriture et boisson, s'occupe des besoins corporels, dorme ou veille, soit assis, debout, parle ou soit silencieux — en tout temps demeure dans l'attention unifiée, ne perdant jamais la tenue convenable. Telle est l'unification.

(d) C'est comme une personne voyageant avec une grande compagnie — qu'elle soit à l'avant, au milieu ou à l'arrière, elle reste à l'aise et sans crainte. Mahāli ! De même, un bhikṣu, dans toutes ses allées et venues... jusqu'à la parole et au silence, demeure constamment dans l'attention unifiée, sans chagrin ni crainte.

L'essentiel de ce passage est le maintien d'une claire connaissance en tout temps — en marchant, debout, assis et couché. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

Qu'est-ce que demeurer avec une claire connaissance ? Ayant ainsi pratiqué constamment et diligemment le yoga de vigilance, on demeure avec une claire connaissance quand on va et vient ; quand on regarde et contemple ; quand on se penche et s'étire ; quand on porte la robe saṃghāṭī et le bol ; quand on mange, boit, mâche et goûte ; quand on marche, se tient debout, s'assied et se couche ; quand on s'éveille ; quand on parle et quand on est silencieux ; et quand on secoue la somnolence.

[10. Se délecter de la solitude] Passage du Sūtra :

Un bhikṣu, pourvu de tels préceptes saints, atteignit les facultés saintes : sachant se contenter de nourriture, diligent et vigilant durant la première et la dernière veille, demeurant continûment dans une attention unifiée sans confusion, il se plaît dans les lieux retirés — au pied d'un arbre, dans un charnier, dans une grotte de montagne, en plein air, ou sur un tas d'ordures.

Le point essentiel de ce passage est de laisser le corps et l'esprit se retirer dans la solitude. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

Qu'est-ce que se délecter de la solitude ? Ayant ainsi cultivé comme il se doit la base préliminaire de la pratique par ces dharmas sains, on est libre de tout attachement à la literie et au mobilier, résidant dans un araṇya, sous un arbre, dans une hutte vide, dans une vallée, dans une grotte, sur un tas d'herbe, dans le désert, dans un charnier, dans un fourré forestier, ou sur une vaste plaine — avec une literie des plus sommaires.

[11. Purification des Entraves] Passage de la Sūtra :

(a) Au moment voulu, il quête l'aumône, revient, se lave les mains et les pieds, puis dispose sa robe et son bol. S'asseyant en tailleur, il redresse le corps, stabilise l'esprit, et porte son attention devant lui.

Rejetant l'avarice et la convoitise, son esprit n'y prend aucune part ;

Éteignant la colère et la haine, libre de ressentiment, son esprit demeure dans la pureté, rempli de bienveillance ;

Dissipant la torpeur et le sommeil, fixant la pensée sur la lumière, son attention sans confusion ;

Tranchant l'agitation et la frivolité, son esprit n'y prend aucune part — pratiquant intérieurement la quiétude, l'esprit agité apaisé ;

Tranchant le doute, ayant dépassé le filet de l'incertitude, son esprit s'unifie, reposant dans les dharmas sains.

(b) C'est comme un esclave pour dettes que le maître affranchit et rétablit dans l'honneur — en sécurité et libéré, désormais hors de servitude, le cœur joyeux, libre de chagrin et de crainte.

(c) C'est aussi comme quelqu'un qui emprunte de l'argent pour se lancer dans un commerce, en tire un grand profit, et revient — remboursant intégralement le prêteur, avec de quoi vivre. Il pense : « J'avais emprunté cet argent, craignant que l'affaire ne tourne mal. Maintenant je suis de retour avec du bénéfice, j'ai remboursé le prêteur, et il me reste de quoi vivre. Plus de chagrin, plus de crainte » — et une grande joie surgit.

(d) C'est comme quelqu'un longtemps malade qui finalement guérit, dont la nourriture se digère bien, dont le teint et la force reviennent. Il pense : « J'étais malade auparavant, mais maintenant je vais mieux — ma nourriture se digère, mes forces sont restaurées. Plus de chagrin, plus de crainte » — et une grande joie surgit.

(e) C'est aussi comme quelqu'un longtemps emprisonné qui est libéré sain et sauf. Il pense : « J'étais enfermé auparavant, mais maintenant je suis libre. Plus de chagrin, plus de crainte » — et une grande joie surgit.

(f) C'est aussi comme quelqu'un qui transporte une grande richesse à travers un vaste désert, ne rencontrant aucun brigand, et passe sans encombre. Il pense : « J'ai transporté mon trésor à travers ce pays dangereux. Plus de chagrin, plus de crainte » — et une grande joie surgit, l'esprit en paix.

(g) Mahāli ! Un bhikṣu recouvert par les cinq entraves, accablé de chagrin et de crainte, est tout à fait comme eux.

(h) Comme une personne endettée, longtemps malade, enfermée en prison, ou traversant un vaste désert — qui voit qu'il ne s'est pas encore libéré.

Le point essentiel de ce passage est la dissipation des cinq entraves. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

Qu'est-ce que la purification des entraves ? Demeurant dans un araṇya, sous un arbre, ou dans une hutte vide, on purifie l'esprit des cinq entraves — désir sensuel, malveillance, torpeur et assoupissement, agitation et inquiétude, et doute. L'esprit, ainsi purifié de ces entraves et libre d'elles, demeure dans un samādhi noble et excellent.

[12. S'appuyer sur le Samādhi] Passage de la Sūtra :

(1a) Les bases des sens et les entraves voilent l'esprit d'obscurité, et l'œil de la sagesse s'obscurcit. Aussi abandonne-t-on avec diligence désir et mal, états malsains. Avec application initiale et investigation soutenue, on entre dans le premier dhyāna, où joie et aisance naissent de la solitude.

(1b) Cette joie et cette aisance imprègnent le corps, le saturent de part en part, sans rien laisser d'intouché.

(1c) C'est comme un habile baigneur qui remplit une cuve d'herbes médicinales et les fait tremper dans l'eau — de l'intérieur à l'extérieur, tout est saturé, rien ne reste sec.

(1d) De même, un bhikṣu, une fois entré dans le premier dhyāna, est rempli de part en part de joie et d'aisance, sans rien laisser d'intouché.

(1e) Ainsi, Mahāli ! Tel est le premier exemple d'obtention de l'aisance ici et maintenant dans le corps. Pourquoi ? Cela vient du zèle, d'une attention sans confusion, du goût de la paisible solitude.

(2a) On abandonne l'application initiale et l'investigation soutenue. La foi naît ; unifié, sans application initiale ni investigation soutenue, on entre dans le deuxième dhyāna, où la joie et l'aisance naissent de la concentration.

(1b) Cette joie et cette aisance nées de l'unification imprègnent le corps, le saturent de part en part, sans rien laisser d'intouché.

(2c) C'est comme une source fraîche au sommet d'une montagne jaillissant de l'intérieur — ne coulant pas de l'extérieur. L'eau claire remplit le bassin depuis l'intérieur, imprégnant tout, sans rien laisser d'intouché.

(2d) Mahāli ! De même, un bhikṣu, une fois entré dans le deuxième dhyāna, est rempli de part en part de la joie et de l'aisance nées de la concentration. Tel est le deuxième exemple d'obtention de l'aisance ici et maintenant dans le corps.

(3a) On laisse aller la joie et l'on demeure dans une attention équanime, sans confusion. Le corps éprouve le bonheur. Comme l'ont déclaré les Nobles, grâce à une attention protectrice, on entre dans le troisième dhyāna, en demeurant dans le bonheur.

(3b) Libéré de la joie, le corps est imprégné et rempli de bonheur, de part en part, sans rien laisser d'intouché.

(3c) C'est comme un lotus bleu, un lotus rouge, un lotus blanc ou un lotus pundarīka qui vient de surgir de la boue mais n'a pas encore percé la surface — racines, tiges, branches et feuilles sont toutes imprégnées d'eau, rien ne reste intouché.

(3d) Mahāli ! De même, un bhikṣu, une fois entré dans le troisième dhyāna, laisse aller la joie et demeure dans le bonheur qui imprègne le corps, sans rien laisser d'intouché. Tel est le troisième exemple d'obtention de l'aisance ici et maintenant dans le corps.

(4a) On laisse aller à la fois la joie et l'aisance ; chagrin et allégresse ont déjà cessé. Ni douloureux ni agréable, l'attention équanime purifiée, on entre dans le quatrième dhyāna.

(4b) Le corps et l'esprit sont purs, pleins et débordants, sans rien laisser d'intouché.

(4c) C'est comme quelqu'un qui s'est lavé proprement et est enveloppé dans un tissu blanc frais — tout le corps est pur.

(4d) Mahāli ! De même, un bhikṣu, une fois entré dans le quatrième dhyāna, son esprit pur, remplit le corps de part en part, sans rien laisser d'intouché.

(4e) De plus, une fois entré dans le quatrième dhyāna, l'esprit ne croît ni ne décroît, ne s'incline ni ne vacille — il demeure en un lieu au-delà du désir et de la colère, au-delà du trouble.

(4f) C'est comme une pièce hermétiquement close, crépie à l'intérieur et à l'extérieur, portes et fenêtres solidement fermées — pas de vent, pas de poussière. Une lampe allumée à l'intérieur n'est troublée par rien, sa flamme brûle stable et immobile.

(4g) Mahāli ! De même, un bhikṣu, une fois entré dans le quatrième dhyāna, son esprit ne croît ni ne décroît, ne s'incline ni ne vacille — il demeure en un lieu au-delà du désir et de la colère, au-delà du trouble. Tel est le quatrième exemple d'obtention de l'aisance ici et maintenant dans le corps. Pourquoi ? Cela vient d'un effort diligent, d'une attention sans confusion, du goût de la paisible solitude.

Le point essentiel de ce passage est la culture des quatre dhyānas. Le Yogācārabhūmi-śāstra dit :

En quoi consiste le fait de s'appuyer sur le samādhi ? Après avoir ainsi coupé les cinq obstacles, on peut s'éloigner des souillures mentales. Libre du désir sensuel et des états malsains, avec l'application initiale et l'investigation soutenue, on entre et l'on demeure pleinement dans le premier dhyāna, où la joie et l'aisance naissent de la retraite. L'application initiale et l'investigation soutenue étant apaisées, gagnant la clarté intérieure et l'unification de l'esprit, sans application initiale ni investigation soutenue, on demeure pleinement dans le deuxième dhyāna, où la joie et l'aisance naissent de la concentration. Libre de l'attachement à la joie, demeurant dans l'équanimité, l'attention juste et la claire connaissance, le corps éprouve le bonheur — ce que les Nobles ont décrit comme le fait de demeurer dans l'aisance par l'équanimité et l'attention juste. C'est là demeurer pleinement dans le troisième dhyāna. Après avoir définitivement renoncé à l'aisance, ayant d'abord renoncé à la souffrance, la joie et la tristesse s'étant dissipées — sans douleur ni plaisir — on demeure dans l'équanimité et l'attention purifiée, pénétrant pleinement le quatrième dhyāna.

(III) [L'Entraînement de la Prajñā · Formule fixe]

[13. Conditions Supérieures] Passage du Sutra :

(1a) Son esprit est stabilisé — pur, sans souillure, doux, dompté, reposant sur un fondement immobile — et de l'intérieur de son propre corps il éveille un esprit de transformation qui donne naissance à un autre corps, chaque membre complet, chaque faculté intacte. Il réfléchit : « Ce corps-ci, composé des quatre grands éléments, donne naissance à ce corps-là. Ce corps-ci est l'un, ce corps-là est l'autre. De ce corps-ci l'esprit surgit et forme ce corps-là, complet dans toutes ses facultés et tous ses membres. »

(1b) Imaginez une personne tirant une épée de son fourreau, qui pense : « Le fourreau est un, l'épée est une autre, pourtant l'épée sort du fourreau. » Ou une personne qui tord du chanvre en une corde, qui pense : « Le chanvre est un, la corde est une autre, pourtant la corde est faite du chanvre. »

(1c) Ou une personne prenant un serpent d'un panier, qui pense : « Le panier est un, le serpent est un autre, pourtant le serpent sort du panier. » Ou une personne tirant un vêtement d'un coffre, qui pense : « Le coffre est un, le vêtement est un autre, pourtant le vêtement sort du coffre. »

(1d) Mānava, ainsi en est-il du bhikkhu. C'est le premier excellent dharma atteint. Et pourquoi ? Parce qu'il jaillit de la diligence, d'un esprit sans trouble, et de la joie de demeurer dans la retraite silencieuse.

(2a) Avec son esprit ainsi stabilisé — pur, sans souillure, doux, dompté, reposant sur un fondement immobile — depuis son propre corps des quatre grands éléments il éveille un esprit et forme un corps de transformation, toutes facultés et membres complets. Il réfléchit : « Ce corps-ci est un composite des quatre grands éléments ; ce corps-là surgit par transformation. Ce corps-ci est l'un, ce corps-là est l'autre. Cet esprit est dans ce corps-ci, dont il dépend, et atteint le corps de transformation. »

(2b) Imaginez un morceau de lapis-lazuli ou un joyau maṇi, polis et brillants, purs et sans souillure. Passez-y un cordon bleu, jaune ou rouge. Une personne ayant des yeux, le tenant au creux de la paume et l'examinant attentivement, voit que la pierre est une chose, le cordon une autre — pourtant le cordon dépend de la pierre, passant de pierre en pierre.

(2c) Mānava, ainsi en est-il du bhikkhu qui observe l'esprit dépendant de ce corps-ci et atteignant le corps de transformation. C'est le deuxième excellent dharma du bhikkhu. Et pourquoi ? Parce qu'il jaillit de la diligence, d'un esprit sans trouble, et de la joie de demeurer seul dans la retraite.

(3a) Son esprit stabilisé — pur, sans souillure, paisible, dompté, reposant sur un sol inébranlable — il cultive avec une attention unifiée la connaissance de la pénétration spirituelle, et peut accomplir toutes sortes de transformations : il multiplie un seul corps en d'innombrables corps, et rassemble le multiple en un. Il traverse les murs de pierre comme s'ils n'étaient rien, parcourt le ciel tel un oiseau, marche sur l'eau comme sur la terre ferme. De son corps s'échappent flammes et fumée comme d'un grand feu [艹*積]. Il s'élève jusqu'à toucher le soleil et la lune, et se tient dans le monde de Brahmā.

(3b) Il est comme un potier qui travaille habilement l'argile et façonne tout vase qu'il souhaite, apportant de nombreux bienfaits.

(3c) Ou tel un charpentier habile qui peut travailler le bois à sa guise, façonnant librement ce qu'il veut, utile de bien des manières.

(4a) L'esprit ainsi stabilisé — pur, sans souillure, paisible, dompté, reposant sur un sol inébranlable — il cultive d'un esprit unifié et réalise l'oreille divine. Son oreille divine est pure, surpassant l'oreille humaine ; il entend deux sortes de sons : ceux des cieux et ceux des êtres humains.

(4b) C'est comme une grande salle dans une cité, haute et spacieuse, où demeure une personne à l'ouïe fine. Quels que soient les sons qui s'élèvent à l'intérieur de la salle, elle les entend tous sans aucun effort.

(4c) Il en est ainsi du bhikkhu : son esprit est stabilisé, son oreille divine est pure, et il entend deux sortes de sons. Mānava, telle est la quatrième excellence du bhikkhu.

(5a) Son esprit ainsi stabilisé — pur, sans souillure, paisible, dompté, reposant sur un sol inébranlable — il cultive d'un esprit unifié la réalisation de la connaissance des autres esprits. Il connaît les cœurs des autres : avec désir ou sans, avec souillure ou sans, avec illusion ou sans, esprits vastes et étroits, esprits petits et grands, esprits fixés et dispersés, esprits liés et libérés, esprits élevés et bas — jusqu'à l'esprit insurpassable, il les connaît tous.

(5b) C'est comme une personne qui regarde dans une eau claire : ce qui est beau et ce qui est laid apparaissent clairement.

(3d) Et c'est comme un ivoirier qui façonne habilement l'ivoire, ou un orfèvre qui affine l'or pur — faisant librement ce qu'il souhaite, apportant de nombreux bienfaits. (80e) Mānava, il en est ainsi du bhikkhu : son esprit est stabilisé et pur, reposant sur un sol inébranlable, et il se transforme à volonté — touchant même le soleil et la lune, atteignant le monde de Brahmā. Telle est la troisième excellence du bhikkhu.

(1a) L'esprit ainsi stabilisé — pur, sans souillure, paisible, dompté, reposant sur un sol inébranlable — il cultive d'un esprit unifié la réalisation de la connaissance des vies passées. Il est capable de se remémorer et de connaître les événements d'innombrables existences passées de toute sorte : d'une vie à d'innombrables vies, la montée et la chute des ères, mourir ici et naître là, noms et clans, nourritures consommées, durée des années, souffrances et bonheurs endurés, forme et apparence — tout est remémoré et connu.

(1b) C'est comme une personne qui quitte son propre village et se rend dans une autre ville. Là, elle marche et se tient, parle et se tait. De ce lieu, elle part vers un autre pays encore ; et ainsi, voyageant çà et là, finit par revenir chez elle. Sans aucun effort de l'esprit, elle se souvient de tous les pays qu'elle a traversés — d'ici à là, de là à ici — marchant, se tenant, parlant, se taisant — chaque mouvement remémoré.

(1c) Mānava, il en est ainsi du bhikkhu : par un esprit qui est stabilisé, pur et sans souillure, reposant sur un sol inébranlable, par la connaissance des vies passées il se remémore les événements d'innombrables ères. Telle est la première excellence atteinte par le bhikkhu. L'ignorance est à jamais détruite ; la grande lumière du Dharma se lève. Les ténèbres sont dissipées ; la lumière du Dharma s'élève. Telle est la lumière de la connaissance des vies passées du bhikkhu. Et pourquoi ? Parce qu'elle naît de la diligence, d'un esprit sans trouble, et de la joie de demeurer seul dans la solitude.

(2a) L'esprit ainsi stabilisé — pur, sans souillure, doux, maîtrisé, reposant sur un terrain inébranlable — il cultive d'un seul esprit la réalisation de la connaissance qui voit la mort et la renaissance. Son œil divin est pur : il voit les êtres qui meurent ici et naissent là, nés là et venant ici ; leurs formes — belles ou laides ; les fruits du bien et du mal ; les nobles et les vils — tout cela, il le connaît par leurs causes karmiques et les rétributions qu'elles entraînent. Quiconque a mal agi par le corps, la parole et l'esprit ; qui a calomnié les nobles et s'est attaché à des vues fausses et perverses — un tel être, son corps brisé et sa vie achevée, tombe dans les trois voies funestes. Quiconque a bien agi par le corps, la parole et l'esprit ; qui n'a pas calomnié les nobles et s'est attaché à la foi et à la pratique justes — un tel être, son corps brisé et sa vie achevée, renaît parmi les humains ou dans les cieux. Grâce à l'œil divin pur, il voit tous les êtres aller et venir au sein des cinq voies, chacun selon son karma.

(2b) C'est comme un terrain élevé, ouvert et plat au milieu d'une ville, où, à un carrefour à quatre chemins, s'élève une haute tour de guet. Une personne à la vue perçante, debout au sommet et portant son regard autour d'elle, voit tout le monde passer au-dessous — à l'est, à l'ouest, au sud, au nord — et chaque mouvement, chaque acte se révèle clairement à sa vue.

(2c) Mānava, il en va ainsi du bhikkhu : son esprit stabilisé et pur, reposant sur un terrain inébranlable, il réalise la connaissance qui voit la mort et la renaissance. Grâce à l'œil divin pur, il voit toutes les actions des êtres, bonnes et mauvaises, et comment chacun renaît conformément à son karma, allant et venant au sein des cinq voies — tout est connu. Tel est, pour le bhikkhu, l'accomplissement de la deuxième excellence. L'ignorance est tranchée ; la lumière de la sagesse apparaît. L'obscurité se dissipe ; la lumière de la sagesse brille. Telle est la lumière de la connaissance qui voit la mort et la renaissance des êtres. Et pourquoi ? Parce qu'elle jaillit de la diligence, d'un esprit sans trouble, et de la joie de la retraite solitaire.

(3a) L'esprit ainsi stabilisé — pur, sans souillure, doux, maîtrisé, reposant sur un terrain inébranlable — il cultive d'un seul esprit la réalisation de la libération des écoulements. Il connaît la noble vérité de la souffrance telle qu'elle est réellement. Il connaît la survenance des écoulements telle qu'elle est réellement. Il connaît la cessation des écoulements telle qu'elle est réellement. Il connaît la voie menant à la cessation des écoulements telle qu'elle est réellement. Sachant ainsi et voyant ainsi, son esprit est libéré de l'écoulement du désir, de l'écoulement de l'existence, et de l'écoulement de l'ignorance. Libéré, il possède la connaissance de la libération : la naissance est achevée, la vie sainte est accomplie, la tâche est accomplie, il n'y a plus rien de tel à venir.

(3b) C'est comme si dans une eau claire se trouvaient des bûches, des pierres, des poissons et des tortues, toutes les créatures de l'eau, nageant en tous sens. Une personne douée de vue voit chacune clairement : « Ceci est une bûche, ceci est une pierre, ceci est un poisson, ceci est une tortue. »

(3c) Mānava, il en va ainsi du bhikkhu : son esprit stabilisé et pur, reposant sur un terrain inébranlable, il atteint la réalisation de la libération des écoulements — jusqu'au point où il n'y a plus de devenir ultérieur. Tel est, pour le bhikkhu, l'accomplissement de la troisième excellence. L'ignorance est tranchée ; la lumière de la sagesse apparaît. L'obscurité se dissipe ; la lumière de la sagesse brille de tout son éclat. Telle est la lumière de la connaissance de la libération des écoulements. Et pourquoi ? Parce qu'elle jaillit de la diligence, d'un esprit sans trouble, et de la joie de la retraite solitaire.

Le cœur de ce long passage est la réalisation des trois connaissances et du nirvāṇa. Le Yogācārabhūmi-śāstra l'exprime ainsi :

Par une telle cultivation progressive, chaque étape surpasse la précédente—toujours plus belle, plus riche, plus haute—à mesure que les conditions se rassemblent :

D'abord, sa propre perfection accomplie, avec le samādhi comme facteur culminant, il acquiert un tel esprit—pur, lumineux et blanc, sans souillure, libre des moindres entraves, droit et capable, demeurant immobile. Si, sur l'invitation d'un autre et fondé sur les quatre nobles vérités, il reçoit une instruction et un conseil visant la pleine connaissance, la suppression définitive, la réalisation directe et la cultivation, alors, par cette capacité et cette force, un mouvement de l'esprit conforme à la raison surgit, accompagné de toute juste vue. De là, il peut entrer dans la vision directe des quatre nobles vérités, la libération parfaite est accomplie, et il entre dans la sphère du nirvāṇa sans reste.

Cette correspondance entre sūtra et śāstra montre que les 【Passages Formulés des Trois Formations】 de l'Āmratyā Sūtra (N20) portent la pleine substance de la formation à la vertu, à la concentration et à la sagesse, ainsi que l'ensemble de la voie de la cultivation bouddhique. Plus loin dans le Dīrghāgama, partout où ces 【Passages Formulés des Trois Formations】 se présentent, ils le font sous une forme condensée, mais leur substance est identique. Par exemple, le Kūṭadanta Sūtra (N23) :

Quand un Tathāgata, Accompli, Suprêmement Éveillé, est apparu dans le monde, … une personne quitte le foyer pour entrer dans le Dharma afin de cultiver la voie, accomplie en toute vertu, … jusqu'à la plénitude des trois connaissances, toute illusion détruite, pleinement pourvue de la lumière de la sagesse.

Et le Śramaṇaphala Sūtra (N27) :

En outre, Grand Roi : un Tathāgata, Accompli, Suprêmement Éveillé, est apparu dans le monde, … ceux qui entrent dans mon Dharma, …

… jusqu'aux trois connaissances, dissipant toute obscurité, faisant surgir la grande lumière de la sagesse—à savoir, la réalisation de la fin des écoulements.

Et le Lohicca Sūtra (N29) :

Quand un Tathāgata, Accompli, Suprêmement Éveillé, est apparu dans le monde, … jusqu'à l'obtention des trois connaissances, la destruction de l'ignorance, l'aube de la lumière de la sagesse, l'abandon de toute obscurité, le rayonnement de la grande lumière du Dharma—à savoir, la réalisation de la fin des écoulements.

Ces passages se présentent sous forme abrégée, mais leur substance est entièrement identique à celle de l'Āmratyā Sūtra. Quant au Tevijja Sūtra (N26) et au Poṭṭhapāda Sūtra (N28), ils n'exposent que la formation à la vertu et à la concentration, sans déployer celle de la sagesse—car les réponses s'arrêtent là où s'arrêtent les questions de leurs interlocuteurs. Citer les douze conditions mineures et l'unique condition majeure du Śrāvaka-bhūmi, dans le Yogācārabhūmi-śāstra, aide à mieux saisir le noyau sectionnel des 【Passages Formulés des Trois Formations】.

III. Conclusion

Voici les neuf sūtras du Dīrghāgama qui recourent aux 【Passages Formulés des Trois Formations】 : l'Āmratyā Sūtra, le Sonadanda Sūtra, le Kūṭadanta Sūtra, le Gāvīpati Sūtra, le Kevaddha Sūtra, le Tevijja Sūtra, le Śramaṇaphala Sūtra, le Poṭṭhapāda Sūtra, et le Lohicca Sūtra. Si l'on y ajoute trois sūtras du Dīgha Nikāya en pāli—le Mahāli Sūtra, le Jāliya Sūtra, et le Subha Sūtra—le total atteint douze. Ainsi voit-on à quel point le Bouddha tenait à cœur l'enseignement des trois formations. Son exposition variait en longueur avec l'auditeur. Quand le Vénérable Ānanda se mit à compiler les collections de sūtras, les passages les plus courts furent rassemblés dans le Saṃyuktāgama, ceux d'une longueur moyenne dans le Madhyamāgama, et les plus longs dans le Dīrghāgama. Les mots varient en longueur, non le contenu. En chaque cas, les trois formations sont le cœur de l'enseignement.

(Extrait du manuscrit de l'auteur, « The Core Teachings of the Dīrghāgama and the Dīgha Nikāya »)