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Professeur Lin Chong-An : Brève exploration du texte ancestral du Sutra de la Plate-forme de la Sixième Patriarche et de son évolution

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Professeur Lin Chong-An : Brève enquête sur le texte ancestral du Sūtra de l'Estrade et son évolution

Études choisies sur les études bouddhiques

Brève enquête sur le texte ancestral du Sūtra de l'Estrade et son évolution

Lin Chong-An (2004)

I. Préface

Pour retracer le bouddhisme Chan (Zen) en Chine, il faut passer par la pensée du Sixième Patriarche ; pour comprendre sa pensée, il nous faut remonter du Sūtra de l'Estrade tel qu'il nous est parvenu jusqu'à la forme originelle de son « texte ancestral ». Le Sūtra de l'Estrade qui nous est parvenu existe en de nombreuses éditions, mais toutes comportent trois parties :

La première partie est l'enseignement du Sixième Patriarche sur le Dharma de la Mahāprajñāpāramitā au Monastère de Mahābrahma, consigné par Fahai — qui constitue le cœur même du texte.

La deuxième partie, également consignée et conservée par Fahai, porte sur la transmission des Préceptes sans forme et vient compléter ce cœur. (Le lieu de cette transmission sera précisé plus bas.)

Ensemble, ces deux parties forment un seul tenant — le premier écrit mis en circulation du trésor du Dharma du Sixième Patriarche, ce que l'on peut appeler le « texte ancestral » du Sūtra de l'Estrade.

La troisième partie réunit les entretiens du Sixième Patriarche avec divers disciples, ses dernières recommandations sur son lit de mort, ainsi que les circonstances de son décès et ce qui s'ensuivit. Elle fut assemblée en dernier : certains passages proviennent de notes éparses que Fahai rédigea plus tard, d'autres furent apportés par d'autres disciples.

Après le décès du Sixième Patriarche, les éditions combinant les trois parties se multiplièrent à mesure qu'on les recopiait et les diffusait. Dès lors, le Dharma qu'il avait transmis était devenu à part entière un « Sūtra de l'Estrade ». Ce qui suit retrace l'évolution de ce texte ancestral — et il révèle que Fahai lui-même est à la source d'une grande partie de la complexité qu'a connue par la suite la transmission du Sūtra de l'Estrade.

II. L'évolution du titre du Sūtra de l'Estrade

Première étape

Le Sūtra de l'Estrade commence par une invitation faite au Sixième Patriarche, le Maître Huineng, d'enseigner le Dharma de la Mahāprajñāpāramitā au Monastère de Mahābrahma. Fahai intitula donc le compte rendu de cet enseignement : Sūtra de la Mahāprajñāpāramitā : Dharma octroyé par le Sixième Patriarche Maître Huineng au Monastère de Mahābrahma à Shaozhou, un fascicule.

Deuxième étape

De retour au Mont Caoxi, Huineng continua de transmettre d'autres enseignements — « le samādhi et la prajñā comme fondement ; le samādhi de la pratique unique ; sans forme comme essence ; sans pensée comme principe ; sans demeure comme base ; les quatre grands vœux ; le repentir sans forme ; et les trois refuges sans forme ». Les Préceptes sans forme ayant été donnés au Mont Caoxi, Fahai plaça cet enseignement après celui du Monastère de Mahābrahma et ajouta « avec la Concession des Préceptes sans forme » au titre, produisant ainsi : Sūtra de la Mahāprajñāpāramitā : Dharma octroyé par le Sixième Patriarche Maître Huineng au Monastère de Mahābrahma à Shaozhou, un fascicule, avec la Concession des Préceptes sans forme (dans l'édition de Dunhuang, 授 [conférer] est écrit sous sa forme populaire 受 [recevoir]). Et puisque le texte incluait désormais des enseignements venant des deux lieux, lorsque d'autres disciples le recopiaient pour le faire circuler, ils l'intitulèrent Recueil du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche, un fascicule. Après cette étape, les copies des enseignements de Huineng provenant des deux lieux commencèrent à se diffuser au-dehors — et c'est ce que l'on peut appeler le texte ancestral du Sūtra de l'Estrade. Le titre sous lequel il circula était Recueil du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche.

Preuve 1 : Le Nouveau Livre des Tang · Traité sur la littérature d'Ouyang Xiu (j. 59) mentionne le Recueil du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche, un fascicule du moine Fahai.

Preuve 2 : Lang Jian, Vice-Ministre du Personnel sous les Song, rédigea une « Préface au Recueil du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche » :

Hongren transmit à Huineng, et Shenxiu apparut à son tour. Huineng fut la sixième génération après l'arrivée de Bodhidharma en Chine ; c'est pourquoi le monde l'appela le Sixième Patriarche.


*Le Recueil du Trésor du Dharma* contient le Dharma enseigné par le Sixième Patriarche. (T52, p. 703b)

Peu après l'enseignement de Huineng au monastère du Mahābrahma et sur le mont Caoxi, ce texte ancestral — *Le Recueil du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche* — commença à être copié et diffusé. Sa particularité tient à ce que l'enseignement du mont Caoxi vient après celui du monastère du Mahābrahma, et par rapport aux éditions ultérieures et augmentées du *Sūtra de la Plate-forme*, son langage paraît plus archaïque et plus dépouillé.

**Troisième étape**

Après le décès du Sixième Patriarche, ses disciples — et pas seulement Fahai — compilèrent les échanges avec les disciples individuels (leurs « rencontres karmiques »), sa transmission sur son lit de mort, ainsi que d'autres éléments, qu'ils ajoutèrent au texte ancestral. Ils révisèrent et polirent aussi le texte lui-même, et de ce travail émergèrent deux lignées.

La première lignée intégra l'enseignement du mont Caoxi dans celui du monastère du Mahābrahma. Au gré des circonstances, Fahai lui-même fusionna les contenus de Caoxi avec ceux du monastère du Mahābrahma, et révisa la formulation d'origine. Une grande partie de la complexité ultérieure des éditions du *Sūtra de la Plate-forme* en découle ; autrement dit, par le seul fait de Fahai, deux versions distinctes se sont succédé dans le monde.

Voici les modifications qu'il apporta : il ajouta le terme « Sūtra de la Plate-forme » (坛经) au titre pour en souligner le statut de transmission ; à mesure que le nombre de disciples du Sixième Patriarche grossissait, il remplaça « plus de mille » par « plus de dix mille » dans la description de l'assemblée ; et il extraya l'exposé de Huineng sur les « Trois Bouddhas de la nature propre » (自性三身佛) de la section des Préceptes des Trois Refuges sans forme, pour en faire un passage distinct intitulé « Préceptes sans forme » (les générations suivantes l'appelèrent aussi les Préceptes sans forme du fond de l'esprit, 无相心地戒).

On peut appeler cela l'« Édition auto-révisée par Fahai » — les modifications qu'il fit sont visibles par comparaison avec les autres éditions. Elle se caractérise par l'intégration de l'enseignement du mont Caoxi dans celui du monastère du Mahābrahma, et par une insistance accrue sur l'autorité du *Sūtra de la Plate-forme*.

**Preuve 1 :**

Dans l'édition de Dunhuang, Fahai avait déjà allongé le titre en *Le Sūtra de l'enseignement subit de l'école du Sud, le Véhicule suprême, la Grande Perfection de Sagesse : Le Sūtra de la Plate-forme du Dharma dispensé par le maître du Sixième Patriarche Huineng au monastère du Mahābrahma à Shaozhou, un rouleau, avec la Confération des Préceptes sans forme*, et à la fin du texte, il réapparaît sous la forme *Le Sūtra de l'enseignement subit de l'école du Sud, le Véhicule suprême, le Sūtra de la Plate-forme du Dharma, un rouleau*. Cette édition a déjà intégré les contenus du mont Caoxi dans ceux du monastère du Mahābrahma (l'ordre peut être comparé ci-dessous), ce qui la range dans la catégorie de l'« Édition auto-révisée par Fahai ».

Quelques exemples de ses révisions :

> Le Grand Maître Huineng, dans la salle d'enseignement du monastère du Mahābrahma, monta sur le siège élevé et exposa le Dharma de la Grande Perfection de Sagesse, [conférant les Préceptes sans forme]. À ce moment, à ses pieds se trouvaient des moines, des nonnes et des laïcs, tant du Dharma que du monde, **plus de dix mille** personnes, ainsi que Wei Ju, Préfet de Shaozhou, et plus de trente fonctionnaires, et plus de trente lettrés confucéens, qui tous ensemble demandèrent au Grand Maître d'exposer le Dharma de la Grande Perfection de Sagesse. Le Préfet ordonna alors à son disciple, le moine Fahai, de compiler le compte rendu et de le diffuser aux générations futures, [afin que les pratiquants du Chemin puissent prendre ce principe fondamental pour référence, le transmettent de l'un à l'autre successivement et disposent d'une base d'acceptation, en l'appelant le « Sūtra de la Plate-forme »]. …

> [S'il est question de la transmission des points essentiels, la transmission du « Sūtra de la Plate-forme » sert de base d'acceptation. Sans le « Sūtra de la Plate-forme », il n'y a pas de base d'acceptation. Il faut connaître le destinataire, l'année, le mois, le jour et le nom de la personne de qui on le reçoit, et le transmettre en conséquence.

> [Quiconque refuse la transmission du *Sūtra de l’Estrade* n’est pas un disciple de l’École du Sud. Même si l’on expose l’enseignement soudain sans avoir reçu la transmission, on ignore la racine et l’on ne pourra éviter les disputes.] …

> [Dix disciples ! Désormais, quand vous transmettez le Dharma, transmettez-vous entre vous ce unique fascicule du *Sūtra de l’Estrade*, et ne laissez pas se perdre la lignée originelle. Ceux qui ne reçoivent pas la transmission du *Sūtra de l’Estrade* ne font pas partie de ma lignée. Vous l’avez à présent obtenue : transmettez-la de génération en génération. Quiconque rencontre le *Sūtra de l’Estrade* est comme s’il l’avait reçu de ma propre main. Une fois le texte obtenu et l’enseignement reçu d’un moine, consignez-le par écrit sous le titre de *Sūtra de l’Estrade*, pour qu’il soit transmis de génération en génération : ceux qui l’obtiennent sont assurés de voir leur propre nature.]

Les passages entre crochets 〔〕 indiquent les ajouts ou révisions apportés par Fahai ultérieurement. Là aussi, l’édition de Dunhuang accorde un accent tout particulier au statut du *Sūtra de l’Estrade* ; toutefois, sa formulation reste archaïque (par rapport aux autres éditions), ce qui suggère qu’elle conserve la langue originelle du texte ancêtre. La section « Rencontres karmiques des disciples » (弟子机缘) de l’édition de Dunhuang rapporte les questions posées par quatre disciples, dont Zhicheng. L’édition Huixin, divisée en deux rouleaux et onze sections, mentionne également les questions de quatre disciples dont Zhicheng, mais ajoute — entre autres — le récit de la transmission de l’« Encens des Cinq Aspects du Dharmakāya » et celui du retour de Huineng, après qu’il a reçu le Dharma et s’est retiré dans la clandestinité. Les éditions issues de l’édition Huixin portent toutes dans leur titre « Sūtra de l’Estrade » (坛经), et non « Trésor du Dharma » (法宝), ce qui témoigne à nouveau de l’importance accordée au statut du *Sūtra de l’Estrade*. On peut citer par exemple l’édition japonaise de Kōshō-ji, intitulée *Sūtra de l’Estrade du Sixième Patriarche* ; l’édition de Daijō-ji, qui porte le titre *Sūtra de l’Estrade du Grand Maître, Sixième Patriarche de la Montagne Caoxi, Shaozhou* ; le *Catalogue des textes demandés par le maître Chishō*, qui lui donne pour titre *Sūtra de l’Estrade du Grand Maître Neng de Caoxi, Un fascicule* (T55, p. 1106a) ; ou encore le *Catalogue des sūtras, vinayas, commentaires, notes et autres ouvrages obtenus à Fuzhou, Wenzhou et Taizhou*, où il est intitulé *Sūtra de l’Estrade du Sixième Patriarche, Grand Maître Neng de la Montagne Caoxi, Un fascicule* (T55, p. 1095a).

**Preuve 2 :** Le *Recueil de la transmission de la lampe* (j. 5) du maître chan Daoyuan, présenté la première année de l’ère Jingde (1004), rapporte :

> Wei Ju, préfet de Shaozhou, pria [le Maître] de tourner la roue merveilleuse au monastère de Mahābrahma et de conférer les précepts sans forme du fondement de l’esprit. Ses disciples recueillirent [ses paroles] et leur donnèrent le titre de *Sūtra de l’Estrade* ; celui-ci se diffusa largement dans le monde. (T51, p. 235c)

**Preuve 3 :** Le maître chan Qisong composa, la première année de l’ère Zhihe (1054), une « Éloge du *Sūtra de l’Estrade* » (坛经赞). L’ordre des éléments qu’il y loue est le suivant : « Samādhi et prajñā comme fondement ; samādhi de la pratique unique ; sans-forme comme essence ; sans-pensée comme principe ; sans-séjour comme fondement ; précepts sans forme (consistant à voir les Trois Bouddhas de sa propre nature) ; quatre grands vœux ; repentance sans forme ; précepts des trois refuges ; exposition du Mahāprajñāpāramitā ; le Dharma est enseigné aux êtres de plus haute faculté ; depuis l’origine, il est transmis et confié en silence ; ceux qui ne le comprennent pas le calomnient et le diffament pourtant avec témérité » (T52, p. 663a). Cet ordre correspond précisément à celui de l’édition de Dunhuang, ce qui situe ce texte dans la première lignée.

La seconde lignée a conservé la distinction originelle entre les enseignements dispensés au monastère de Mahābrahma et ceux de la Montagne Caoxi. Elle a maintenu cette distinction entre les deux cadres tout en adoucissant progressivement la formulation, et a compilé les échanges du Sixième Patriarche avec ses disciples à partir de nombreuses sources. À une étape ultérieure, elle a divisé le texte en sections (门) et chapitres (品).

Le titre conserva « Trésor du Dharma » (法宝) et y ajouta les deux caractères « Sūtra de l'autel » (坛经).

**Témoignage 1 :** Dans le *Catalogue des saints enseignements nouvellement sollicités à l'entrée des Tang* (844-848), Ennin mentionne : *Relation du Trésor du Dharma de l'enseignement soudain — voir sa propre nature et accomplir directement, sans aucun doute et avec certitude, l'état de bouddha — selon les paroles du Grand Maître Huineng, sixième patriarche du mont Caoxi, Sūtra de l'autel, un fascicule* (T55, p. 1083b).

**Témoignage 2 :** L'édition de Qisong vit le jour après son « Éloge », quand il acquit séparément une « Ancienne édition de Caoxi » venue de l'autre lignée, la collationna, la compléta et acheva le travail en 1056. Elle préservait la distinction entre les deux cadres et comprenait plus de dix échanges avec des disciples en particulier. Dans sa « Préface à la *Relation du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche* », Lang Jian, fonctionnaire des Song, écrivait :

> J'ai longtemps révéré les enseignements du Sixième Patriarche, mais je suis troublé par le fait que le texte ait été altéré et augmenté par des mains profanes, et que sa langue soit devenue grossière et confuse au point d'être à peine vérifiable. Il se trouva que je rencontrai le moine Qisong, qui composait l'« Éloge du *Sūtra de l'autel* », et lui dis : « Si tu parviens à le corriger, je fournirai les fonds pour graver des planches xylographiques et le diffuser largement. » Deux ans plus tard, Qisong obtint en effet l'Ancienne édition de Caoxi, la collationna et produisit un ouvrage en trois fascicules, exposant clairement les paroles du Sixième Patriarche sans la moindre erreur. Il chargea alors les artisans de tailler les planches, afin de marquer cette entreprise favorable. (T52, p. 703b)

L'« Ancienne édition de Caoxi » correspond à la *Relation du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche* du deuxième stade — et non, comme l'affirmait Hu Shi, à la *Biographie séparée du Grand Maître de Caoxi*. Lang Jian précise bien que son propre texte est une « Préface » à la *Relation du Trésor du Dharma*. Qisong retravailla avec soin les textes plus anciens, y ajouta les échanges et assembla son édition du *Sūtra de l'autel*. Elle se divisait en trois fascicules — trois parties, probablement : 1) l'enseignement du monastère Mahābrahma, 2) l'enseignement du mont Caoxi, 3) les échanges avec les disciples individuels — sans autre subdivision. L'ouvrage fut regravé en 1471 (septième année de l'ère Chenghua, sous l'empereur Ming Xianzong) sous le titre *Édition originale de Caoxi du Sūtra de l'autel du Trésor du Dharma du Grand Maître Sixième Patriarche* (《六祖大师法宝坛经曹溪原本》) — l'« Édition de Caoxi », désormais présentée en un fascicule divisé en dix sections (门) pour plus de clarté. Elle fut incluse dans le Tripiṭaka Jiaxing des Ming. Le moine Deyi réimprima l'édition de Qisong sous le nom d'« Édition Deyi » (1290), et l'« Édition Goryeo » (1558) réimprima celle de Deyi. Les deux préservèrent le contenu de Qisong mais le réorganisèrent en un fascicule à dix sections.

**Témoignage 3 :** L'édition Zongbao (aussi appelée Édition circulante) est intitulée *Sūtra de l'autel du Trésor du Dharma du Grand Maître Sixième Patriarche* (《六祖大师法宝坛经》) en dix chapitres (品). Elle hérite largement de l'édition Qisong, avec des modifications de formulation. Les éditions de la deuxième lignée renommèrent toutes la *Relation du Trésor du Dharma* en *Sūtra de l'autel du Trésor du Dharma*, tout en conservant les mots « Trésor du Dharma ».

**Résumé :** Trois étapes, suivies de cette liste d'éditions :

1. **Le Texte ancestral du Sūtra de l'autel** = *Relation du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche* (《六祖法宝记》), composé vers 680-700.
2. **L'édition de Dunhuang**, composée entre 713 et 801.
3. **L'édition Huixin**, composée en 967.
4. **L'édition Qisong**, composée en 1056.
5. **L'édition Deyi**, imprimée en 1290.
6. **L'édition Zongbao**, composée en 1291.
7. **L'édition de Caoxi**, réimpression de l'édition Qisong, imprimée en 1471.

Existe-t-il d'autres transcriptions au-delà de celles-ci ? D'où viennent les transcriptions « grossières et confuses » qu'évoque Lang Jian ?

Il se peut que, peu après la mort de Huineng, certaines personnes — sans trier — aient entassé dans le texte ancestral tous les rapports et exposés le concernant ; une telle transcription (et non le texte ancestral lui-même) lasse vite ses lecteurs. La « Préface au *Sutra de l'Éstrade du Sixième Patriarche* » de Huixin le dit bien : « L'ancien texte est verbeux ; les lecteurs se réjouissent d'abord et se lassent à la fin. »

## III. Modifications de l'ordre des paragraphes du Sutra de l'Éstrade

Parmi les nombreuses éditions existantes, l'édition de Dunhuang représente la première lignée ; l'édition de Caoxi représente la seconde. Voici comment l'ordre de l'enseignement de Huineng diffère de l'une à l'autre.

**« Édition de Caoxi » — ordre des passages :**

1a. Origine de la transmission. Au monastère du Grand Brahmā, le premier jour de l'assemblée du Dharma, Huineng prend d'abord place sur le haut siège.

1b. Puis la grande assemblée purifie les esprits.

1c. Huineng relate sa propre lignée (les circonstances de son obtention du Dharma).

1d. L'exposé formel du « Dharma de la Mahāprajñāpāramitā ».

1e. L'enseignement se conclut par de longs « Versets sans forme » et une dédicace de mérite.

2a. Le deuxième jour, la grande assemblée d'aumônes ; après le repas, Huineng répond aux questions du préfet.

2b. L'enseignement se conclut par de courts « Versets sans forme ».

2c. Dispositions pour les contacts après l'assemblée.

2d. L'assemblée se disperse : Huineng retourne à la montagne de Caoxi.

3a. À la montagne de Caoxi, Huineng expose le cœur de l'enseignement saint du Bouddha : « Dans cette Porte-du-Dharma qui est la mienne, samādhi et prajñā sont le fondement. Le soudain et le graduel sont tous deux établis : la non-pensée comme principe, la non-forme comme essence, la non-résidence comme fondement. »

3b. À la montagne de Caoxi, Huineng confère d'abord à l'assemblée l'« Encens des Cinq Aspects du Dharmakāya de sa propre nature », puis confère le repentir sans forme (récité trois fois), afin d'éteindre les obstacles karmiques des trois périodes (pensées passées, pensées futures et pensées présentes).

3c. Huineng guide l'assemblée dans la prise des quatre grands vœux (récités trois fois : les êtres sensibles sont innombrables — je fais vœu de les sauver tous ; les afflictions sont innombrables — je fais vœu de les trancher ; les portes-du-Dharma sont innombrables — je fais vœu de les apprendre toutes ; la voie suprême du Bouddha — je fais vœu de l'accomplir).

3d. Huineng confère à l'assemblée les préceptes des trois refuges sans forme.

3e. Huineng expose à l'assemblée les « Trois Bouddhas de sa propre nature ».

3f. L'enseignement se conclut par des « Versets sans forme » de longueur moyenne (Versets sur l'Extinction du Péché).

3g. L'assemblée se retire ; Huineng demeure à la montagne de Caoxi.

**« Édition de Dunhuang » — ordre des passages :**

1a. Origine de la transmission. Au monastère du Grand Brahmā, lorsque l'assemblée du Dharma commence, Huineng prend d'abord place sur le haut siège.

1b. Puis la grande assemblée purifie les esprits.

1c. Huineng relate sa propre lignée (les circonstances de son obtention du Dharma).

2a. Huineng expose le cœur de l'enseignement saint du Bouddha : « Dans cette Porte-du-Dharma qui est la mienne, samādhi et prajñā sont le fondement. Le soudain et le graduel sont tous deux établis : la non-pensée comme principe, la non-forme comme essence, la non-résidence comme fondement. »

2b. Huineng confère à l'assemblée les Préceptes sans forme, leur permettant de voir les Trois Bouddhas de leur propre nature (récités trois fois : je prends refuge dans les Trois Bouddhas de ma propre nature).

2c. Huineng guide l'assemblée dans la prise des quatre grands vœux (récités trois fois : les êtres sensibles sont innombrables — je fais vœu de les sauver tous ; les afflictions sont innombrables — je fais vœu de les trancher ; les portes-du-Dharma sont innombrables — je fais vœu de les apprendre toutes ; la voie suprême du Bouddha — je fais vœu de l'accomplir).

2d. Huineng confère à l'assemblée le repentir sans forme (récité trois fois), afin d'éteindre les obstacles karmiques des trois périodes (pensées passées, pensées futures et pensées présentes).

2e. Huineng confère à l'assemblée les préceptes des trois refuges sans forme.

3a. L'exposé formel du « Dharma de la Mahāprajñāpāramitā ».

3b.

L'enseignement s'achève par des « Vers sans forme » de longueur moyenne (Stances sur l'extinction des péchés).

4a. Huineng répond aux questions du préfet.
4b. L'enseignement s'achève par de longs « Vers sans forme ».
4c. Dispositions concernant les contacts après l'assemblée.
4d. L'assemblée se disperse ; Huineng regagne le mont Caoxi.

Si l'on compare les deux éditions, l'édition de Caoxi retrace l'enseignement de Huineng au monastère Mahābrahma sur deux jours, suivi de son enseignement au mont Caoxi. L'édition de Dunhuang regroupe l'ensemble de ces passages dans l'exposé du premier jour au monastère Mahābrahma : c'est la principale différence entre les deux. Si l'on adopte le point de vue de la structure de l'édition de Caoxi, l'édition de Dunhuang a simplement dû intégrer les passages propres à Caoxi à ceux du monastère Mahābrahma. À l'inverse, si l'on se place du côté de la logique de l'édition de Dunhuang, ne peut-on pas considérer que l'édition de Caoxi a scindé une partie de l'enseignement du monastère Mahābrahma pour en faire une session distincte au mont Caoxi ? Le titre *Sūtra de l'Estrade du Dharma dispensé au monastère Mahābrahma de Shaozhou, en un rouleau, accompagné de la transmission des préceptes sans forme* apporte la réponse. Cette mention « accompagné de la transmission des préceptes sans forme » est distincte de l'événement du monastère Mahābrahma : si elle en faisait partie, ces cinq caractères n'auraient pas besoin d'être ajoutés séparément, puisque la réception des préceptes sans forme fait partie de la dispensation du Dharma. Ici, le sinogramme 受 est la forme courante du sinogramme 授, qui signifie « transmettre ». Si l'objectif était de souligner l'importance de la réception des préceptes sans forme, le titre prendrait plutôt la forme suivante : *Sūtra de l'Estrade du Dharma dispensé au monastère Mahābrahma de Shaozhou, accompagné de la transmission des préceptes sans forme, un rouleau*. De plus, le thème de la session du monastère Mahābrahma était une demande de Wei Ju, des fonctionnaires et des lettrés confuciens demandant au Maître d'« exposer le Dharma du Mahāprajñāpāramitā ». Ainsi, dans l'édition de Caoxi, après que Huineng a exposé sa lignée, il passe directement à l'exposé formel de ce Dharma, ce qui est tout à fait logique. Si l'on suit l'ordre de l'édition de Dunhuang, le récit de la lignée est suivi d'un exposé sur la « non-pensée, la non-forme, l'absence de séjour », de la transmission des préceptes sans forme, des quatre grands vœux, du repentir sans forme et des préceptes des trois refuges sans forme ; ce n'est qu'ensuite que vient l'exposé formel du Dharma du Mahāprajñāpāramitā, puis un long passage répondant aux questions du préfet. Si l'on regroupe l'ensemble de ces éléments en une seule assemblée, le résultat est trop long et inadapté au déroulement de la session. L'organisation de l'édition de Caoxi s'avère donc la plus raisonnable.

On constate également que l'édition de Dunhuang (première lignée) mentionne le terme de « Sūtra de l'Estrade » dix fois dans l'ensemble du texte, pour affirmer son statut ; dans l'édition de Caoxi (seconde lignée), le « Sūtra de l'Estrade » n'apparaît que deux fois, dans le chapitre final intitulé « Transmission et legs ». On distingue également ici des traces d'ajouts dans l'édition de Dunhuang.

Sur le fond de la transmission du Dharma, les différences sont minimes : l'édition de Dunhuang ne contient tout simplement pas l'« Encens des cinq aspects du Dharmakāya de la nature propre » et les courts « Vers sans forme ». L'édition de Caoxi compte trois passages de « Vers sans forme » : une version longue, une moyenne et une courte ; l'édition de Dunhuang ne contient quant à elle que les versions longue et moyenne. Lorsque Huineng répond à la question du préfet sur la façon de pratiquer chez soi, l'édition de Caoxi recourt aux vers courts, contre les vers longs dans l'édition de Dunhuang. Du point de vue du contenu, les vers courts sont mieux adaptés, ce qui suggère que lors de la réorganisation du texte ancestral par l'édition de Dunhuang, ce court passage a été omis.

## IV. Conclusion

Ce texte propose un bref aperçu de l'évolution du texte ancestral du *Sūtra de l'Estrade*. Quelle était la forme originelle de ce « texte ancestral » (soit les *Annales du Trésor du Dharma du Sixième Patriarche*) ?

L'analyse menée ci-dessus suggère qu'en combinant l'ordre des paragraphes de l'édition de Caoxi conservée à la formulation sobre de l'édition de Dunhuang, en gardant les passages qu'elles partagent et en complétant les extraits courts qui ont été omis, on peut reconstituer la forme originelle du texte ancestral.

(Publié dans *Faguang Magazine*, n° 172, 2004)