Le bouddhiste laïc Zhuang Chunjiang : Étude du Tathāgatagarbha, chapitre 6 : Le courant dominant de la doctrine du Tathāgatagarbha
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Chapitre 6 : Le courant dominant de la doctrine du Tathāgatagarbha (12 décembre 2004, Rév. 0)
6-1. Notes d'étude pour la Section 1 : La légendaire Porte du Dharma du Tathāgatagarbha
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Facteurs qui ont permis à l'enseignement du Tathāgatagarbha de se diffuser largement : a) Il est accessible et résonne avec la sensibilité des personnes ordinaires. L'enseignement du Tathāgatagarbha porte la marque du concept d'ātman (soi permanent) et est né de l'idéal du séjour éternel du Bouddha ainsi que de la foi dévotionnelle omniprésente qui l'accompagne, ce qui permet aux pratiquants de tous les jours de s'y identifier facilement. b) Respect des écritures nouvellement transmises. Conformément au principe directeur traditionnel des « Quatre Grands Enseignements Élargis », il ne faut pas rejeter à la légère ni déprécier les écritures entièrement nouvelles, jamais entendues auparavant et qui viennent d'être diffusées. Il est plutôt préconisé de les interpréter de façon raisonnable, en conformité avec le sens correct du Dharma. C'est d'ailleurs précisément ainsi que se sont diffusées les premières écritures du Mahāyāna : les nouvelles écritures du Tathāgatagarbha ont donc elles aussi été naturellement acceptées !
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Il est devenu le courant dominant. À partir du IVe siècle, tout traité et toute écriture du monde bouddhiste mahāyāna devait traiter de l'enseignement du Tathāgatagarbha et s'y harmoniser, ce qui montre clairement que la doctrine du séjour éternel du Bouddha et le Tathāgatagarbha étaient devenus la pensée dominante de l'époque.
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Les enseignements transmis par le maître tibétain Gongpa Rapsel, ainsi que les principes de l'École du Sud du Chan chinois, semblent s'aligner bien plus étroitement sur les premiers enseignements du Tathāgatagarbha que les interprétations des maîtres scolastiques ultérieurs et les écritures postérieures ! a) Gongpa Rapsel enseigne que le Tathāgatagarbha et le Dharmakāya du Bouddha (corps de nature) partagent les mêmes qualités parfaites et ornées. Le Dharmakāya est la véritable nature de bouddha, révélée par la transformation du support (āśraya-parāvṛtti) ; cela signifie que tous les êtres sont ainsi par nature, mais restent obscurcis par les afflictions et ne l'ont pas encore manifestée. b) Bodhidharma est arrivé en Chine depuis l'Inde du Sud vers l'an 450 de notre ère (pendant la période Liu Song des Dynasties du Sud), transmettant une pratique du Chan qui était à l'origine le « Chan du Tathāgata (Tathāgatagarbha) ».
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Le Traité du Joyau Ultime du Véhicule Unique (sanskrit : Ratnagotravibhāga Mahāyānottaratantraśāstra ; tibétain : Traité du Suprême Secret du Mahāyāna) est largement considéré en Chine comme le texte de référence des études sur le Tathāgatagarbha. Bien qu'il soit encore relativement proche des premiers enseignements du Tathāgatagarbha, il a été influencé par l'école Yogācāra, et aurait même pu rompre avec celle-ci pour constituer son propre cadre systématique. Par conséquent, sa méthode d'interprétation s'aligne étroitement sur celle de l'école Yogācāra, et la teinte du « soi permanent » (ātman), caractéristique des premiers enseignements du Tathāgatagarbha, y est grandement diluée.
6-1. Questions de réflexion
6-1-1. Essayez de déterminer l'ordre chronologique d'émergence des trois grands systèmes du Mahāyāna présentés par le Maître Yinshun. 6-1-2. Pourquoi le Maître Yinshun classe-t-il à la fois l'école tibétaine de Gongpa Rapsel et le Chan chinois parmi les écoles de pensée du Tathāgatagarbha ? 6-1-3. Pourquoi le Maître Yinshun qualifie-t-il la Porte du Dharma du Tathāgatagarbha de « légendaire » ?
6-2. Notes d'étude pour la section 2 : La doctrine du Tathāgatagarbha centrée sur le Traité du Joyau suprême du Véhicule unique
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Les écritures et traités qui représentent la doctrine dominante du Tathāgatagarbha sont le Traité du Joyau suprême du Véhicule unique, le Sūtra du Soutien suprême (un traité présenté sous forme de sūtra) et le Traité de la non-dualité de la sphère du Dharma du Grand Véhicule. Ces trois ouvrages — un sūtra et deux traités — partagent un contenu similaire, mais ils insistent sur des aspects différents et sont considérés comme relevant de la même catégorie doctrinale.
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Traité du Joyau suprême du Véhicule unique : a) Paternité : La tradition attribue le texte soit à Asaṅga, soit à Vasubandhu, mais l'attribution à Śrīgupta est bien plus plausible. Bien que son style et son contenu s'inscrivent étroitement dans le système Yogācāra, sa vision du Tathāgatagarbha s'en écarte à un niveau fondamental, ce qui donne du poids à l'attribution à Śrīgupta. b) Thèmes centraux : Le corps du traité expose les « quatre dharma » : le support du Bouddha (la nature de Bouddha), l'obtention (l'éveil du Bouddha), les qualités (le Dharma du Bouddha) et les activités au bénéfice des êtres sensibles (l'activité du Bouddha). Le commentaire explicatif y ajoute l'hommage initial aux Trois Joyaux, portant le total aux « sept énoncés adamantins ».
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Sūtra du Soutien suprême (un traité présenté sous forme de sūtra) : a) Contenu : Le sūtra se divise en sept chapitres. Les chapitres 2 à 5 correspondent aux « quatre dharma » du corps du Traité du Joyau suprême. Le chapitre 1 (le chapitre de la Pesée des mérites) est une traduction variante du Sūtra de l'Extrême Rareté (qui exalte les mérites inconcevables de la construction d'une stūpa abritant les reliques du Bouddha [la sphère du Tathāgatagarbha]). Les chapitres 6 (le chapitre de la Louange) et 7 (le chapitre de la Transmission) forment les sections conclusives vouées à la propagation du texte. b) Ce sūtra s'appuie sur le Traité du Joyau suprême et sur les Degrés Yogācāra — il utilise par exemple la transformation de la base pour expliquer la nature de l'éveil —, mais il ne s'agit pas d'une simple compilation. C'est un sūtra indépendant, systématiquement organisé, sous forme de traité. c) Ce sūtra a été intégré au Sūtra du Prajñāpāramitā du Roi Excellent, et il est également cité dans le Traité de la Nature de Bouddha. Dans le champ des études sur le Tathāgatagarbha, il est considéré comme un important sūtra de forme traitée.
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Traité de la non-dualité de la sphère du Dharma du Grand Véhicule : a) Paternité : Composé par Śrīgupta, traduit en chinois sous la dynastie Tang par le maître indien Dharmaprajñā. b) Contenu : Il expose douze dimensions de la bodhicitta : en tant que résultat, en tant que cause, en tant que nature véritable, en tant qu'appellation alternative, en tant que non-dualité, en tant qu'étape, en tant qu'incontaminée, en tant qu'éternelle, en tant que concordante, en tant que n'ayant pas encore produit de bénéfice, et en tant que produisant un bénéfice. Son contenu correspond très étroitement au corps du Traité du Joyau suprême.
6-2. Questions de réflexion
6-2-1. Quels sont le sūtra et les deux traités qui représentent la doctrine dominante du Tathāgatagarbha ? Quels sont leurs principaux sujets de discussion ?
6-3. Notes d'étude pour la section 3 : Les écritures et traités sur lesquels s'appuie le Traité du Joyau suprême
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Bien que le Traité du Joyau Ultime soit lié aux études Yogācāra, il n’appartient pas à l’école Yogācāra : a) Le traité présente des similitudes textuelles partielles, des méthodes argumentatives cohérentes et des significations doctrinales identiques avec le texte Yogācāra Ornement des Sūtras du Mahāyāna. b) Le Traité du Joyau Ultime n’adopte pas la doctrine Yogācāra des graines, et ne postule donc pas non plus l’icchantika (êtres dotés d’une nature incorrigible qui ne peuvent atteindre le nirvāṇa). Il a été composé à l’époque où la pensée Yogācāra était en plein essor, et a été influencé par les études Yogācāra. Mais dans son interprétation du Tathāgatagarbha, il n’adopte pas la théorie des graines de l’école sautrāntika du mahāyāna septentrional, et préserve au contraire la position de l’école Vibhajyavāda méridionale, qui considère la vacuité (la nature de la réalité) comme nature de Bouddha. Aussi, on ne peut attribuer la composition de ce texte ni à Maitreya ni à Asaṅga.
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Sources auxquelles le corps principal du Traité du Joyau Ultime fait appel : a) Les trois thèmes de « l’éveil du Bouddha », « le Dharma du Bouddha » et « l’activité du Bouddha » correspondent à l’essence, aux caractéristiques et à la fonction du Bouddha — soit sa nature véritable, ses qualités et ses actions. Ils sont tirés de sūtras mahāyānistes, tels que le Sūtra Avataṃsaka et le Mahāsaṃnipāta Sūtra. b) Le thème du « domaine du Tathāgatagarbha » est tiré du Tathāgatagarbha Sūtra (qui comprend ses neuf paraboles). Parmi les dix sens du « domaine du Tathāgatagarbha », le sens de « cause » est présent dans l’Ornement des Sūtras du Mahāyāna ; celui de « résultat » dans le Mahāparinirvāṇa Sūtra ; celui d’« activité » dans le Sūtra de la reine Śrīmālā ; et celui de « non-dualité » dans le Sūtra de la Non-Augmentation et de la Non-Diminution. Les « quatre causes de l’obtention suprême » (foi, prajñā, concentration méditative et grande compassion), issues de l’Ornement des Sūtras du Mahāyāna, sont également intégrées à la réflexion sur le « domaine du Tathāgatagarbha ». c) Les soixante-quatre qualités des vertus du Bouddha sont tirées du Mahāsaṃnipāta Sūtra, chapitre de la Jeune Fille Joyau. d) Les neuf paraboles illustrant l’activité du Bouddha proviennent du Sūtra de l’Ornement de sagesse et de lumière du Bouddha pénétrant les domaines de tous les Bouddhas. e) Les huit sens de « l’éveil du Bouddha » (essence, cause, résultat, activité, congruence, pratique, éternité et inconcevabilité) correspondent à ceux présentés dans l’Ornement des Sūtras du Mahāyāna, chapitre sur l’Éveil.
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Les sūtras cités dans le commentaire explicatif du Traité du Joyau Ultime sont les suivants : le Sūtra de la Non-Augmentation et de la Non-Diminution, le Sūtra de la reine Śrīmālā, le Tathāgatagarbha Sūtra, le Mahāparinirvāṇa Sūtra, le Mahāprajñāpāramitā Sūtra (qui comprend le Vajracchedikā Prajñāpāramitā Sūtra, ou Sūtra du Diamant), le Sūtra Avataṃsaka (chapitre de l’Émergence du Bouddha), le Sūtra de l’Entrée dans le Domaine Inconcevable de la Sagesse et des Vertus du Bouddha, le Sūtra de l’Ornement de sagesse et de lumière du Bouddha pénétrant les domaines de tous les Bouddhas, le Sūtra du Lotus, le Bodhiratnakūṭa Sūtra (Assemblée du Bodhisattva universellement lumineux), le Sūtra de la Collection sextuple des facultés sensorielles, l’Abhidharma Mahāyāna Sūtra et le Mahāvaipulya Mahāsaṃnipāta Sūtra (chapitres : Roi Dhāraṇī de la Liberté, Ornement, Bodhisattva Océan de Sagesse, Jeune Fille Joyau, Trésorerie de l’Espace et Couronne ornée de joyaux), ce qui fait un total de 13 sūtras.
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Les sūtras cités attestent que le Traité du Joyau Ultime ne se résume pas à une doctrine étroite limitée au seul Tathāgatagarbha. Non seulement il place les enseignements du Tathāgatagarbha au cœur de sa réflexion, mais il s’appuie également largement sur les sūtras mahāyānistes pour relier ses idées à d’autres traditions scripturaires mahāyānistes postérieures. Les commentateurs du Traité du Joyau Ultime citent le Sūtra du Roi Dhāraṇī de la Liberté pour établir les sens des sept énoncés adamantins, et mentionnent également d’autres chapitres du Mahāsaṃnipāta Sūtra, ce qui montre qu’ils tenaient ce texte en très haute estime.
6-3. Questions pour la réflexion
6-3-1. Quels points de convergence et de divergence existent entre le Traité du Joyau Ultime, les études Yogācāra et la doctrine du Tathāgatagarbha ?
6-4. Notes d’étude de la section 4 : Distinctions dans la signification du Traité du Joyau Ultime
1. Raisons pour lesquelles tous les êtres sensibles possèdent le Tathāgatagarbha :
a) Le Dharmakāya pénètre tous les êtres sensibles. Les sūtras du Mahāyāna qui enseignent que le corps du Bouddha pénètre tous les phénomènes ont pour texte de référence le *Sūtra de l'Avataṃsaka* (chapitre sur l'Émergence du Bouddha) ; le *Sūtra de la Contemplation de la Vie Infinie* contient également cet enseignement. Cette vision est liée à la pratique contemplative : les pratiquants visualisent d'abord le Bouddha pénétrant dans leur propre corps et esprit depuis l'extérieur, puis passent progressivement à la visualisation d'un Bouddha résidant à l'intérieur de leur propre corps, pour finalement reconnaître leur propre corps comme celui du Bouddha. Le traité illustre cela au moyen de trois paraboles : une image du Bouddha cachée à l'intérieur d'une fleur flétrie, des abeilles qui essaiment autour d'une ruche pleine de miel, et du grain poli dissimulé dans du riz non décortiqué.
b) La véritable ainsiité est indifférenciée. L'ainsiité pure et vraie qui constitue un Tathāgata est entièrement indifférenciée, et identique à l'ainsiité des êtres sensibles. La seule différence tient à ce que l'« ainsiité » des êtres sensibles est obscurcie par les afflictions. Le traité illustre cela par une parabole unique : de l'or pur gisant dans un lieu fétide (dont la nature demeure inchangée).
c) Les êtres sensibles possèdent intrinsèquement la nature de Bouddha (graine de Bouddha). La « nature de semence » désigne ici la lignée ou la capacité inhérente. Le traité illustre cela par cinq paraboles : un trésor enfoui dans la terre, une jeune pousse sur un arbre fruitier, une statue d'or enveloppée dans des haillons, une femme pauvre portant dans son ventre le futur monarque universel, et une image précieuse coulée à l'intérieur d'un moule d'argile.
Ces trois dimensions du Tathāgatagarbha — « le Dharmakāya du Bouddha », « l'ainsiité indifférenciée » et la « nature de graine de Bouddha définitive et fixe » — ne sont que diverses manières de décrire une seule et même réalité fondamentale : du point de vue du Bouddha, c'est la nature omniprésente du Dharmakāya ; du point de vue des êtres sensibles, c'est la nature de graine de Bouddha qu'ils possèdent intrinsèquement ; en termes d'égalité entre êtres sensibles et Bouddhas, c'est l'ainsiité indifférenciée.
2. L'esprit intrinsèquement pur : ce terme combine trois éléments — « esprit » (désignant l'esprit des six consciences ; les premiers enseignements sur le Tathāgatagarbha ne l'avaient pas encore défini comme une huitième conscience pure ni comme une neuvième conscience, mais renvoyaient plutôt à la nature inhérente des six consciences ordinaires. Ce n'est que par convention habituelle que l'on qualifie l'esprit illusionné de « six consciences » ; poser un « vrai esprit » séparé de l'esprit illusionné ne correspond probablement pas à la véritable visée des études sur le Tathāgatagarbha), « nature intrinsèque » (aussi traduite par « nature inhérente », désignant la source fondamentale de toutes choses) et « pureté » (pureté lumineuse, sans tache). Ce concept est né du rapprochement entre l'enseignement éternel et immuable du Tathāgatagarbha et la doctrine de la « nature innée et pure de l'esprit » des écoles Mahāsāṃghika et Vibhajyavāda, telle que consignée dans l'*Ekottara Āgama*. Dans le traité, l'esprit intrinsèquement pur tient lieu d'autre nom pour le Tathāgatagarbha lorsqu'il est question du domaine du Tathāgatagarbha, et désigne la nature véritable du Bouddha lorsqu'il est question de l'éveil du Tathāgata. L'esprit intrinsèquement pur ne se mélange jamais aux afflictions (conformément à la thèse du Mahāsāṃghika : si l'esprit et les afflictions naissaient et cessaient en même temps, l'esprit ne pourrait jamais devenir ni souillé ni purifié). Il ne diminue pas chez les êtres sensibles, et n'augmente pas lorsque l'on atteint l'état de Bouddha.
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Non-vacuité et nature de semence : S'appuyant sur le Sūtra de la Reine Śrīmālā, le traité énonce que la « vacuité » enseignée dans les sūtras de la Prajñāpāramitā tels que le Mahāprajñāpāramitā Sūtra est correcte, mais ne représente pas le sens ultime et définitif. Ce qui est vide n'est que l'absence des souillures adventices (le Tathāgatagarbha vide), tandis que le Tathāgatagarbha lui-même et l'essence de l'esprit intrinsèquement pur ne sont pas vides (le Tathāgatagarbha non vide). Leurs fonctions méritoires — l'activité qui mène vers la joie lumineuse et la libération — sont bien réelles. Ainsi, la racine de tous les dharmas vertueux mondains, supramondains et suprêmement supramondains réside dans l'activité méritoire inconcevable du Tathāgatagarbha, qui constitue la nature de semence permettant d'atteindre l'Éveil. C'est pourquoi on le nomme le « domaine du Tathāgatagarbha » : ici, le terme « domaine » a le sens de « cause ».
Savoir que la vacuité est elle-même vide permet d'éviter l'écueil de la réification (l'extrémité de l'existence) ; savoir que la non-vacuité n'est pas vide permet d'éviter l'écueil du nihilisme (l'extrémité de la non-existence). Tant la vacuité que la non-vacuité sont qualifiées de « sagesse de vacuité ». Si l'on prend la vacuité pour le néant et que l'on qualifie de « nature de vacuité » la pureté inhérente du Tathāgatagarbha révélée par la vacuité, cela rejoint la description des maîtres du Yogācāra. En s'appuyant sur la sagesse non conceptuelle pour réaliser la nature de vacuité ultime (en s'appuyant sur le sens du Mahāprajñāpāramitā Sūtra et du Vajracchedikā Prajñāpāramitā Sūtra), la sagesse fondamentale qui réalise cette nature de vacuité ultime est dite « sagesse de la nature de vacuité », ce qui est en accord avec les enseignements sur la vacuité des premiers sūtras du Mahāyāna. Interpréter ces enseignements à l'aune de « l'origine dépendante comme existence » et de la « vacuité de la nature inhérente », ou de « l'existence merveilleuse » et de la « vacuité ultime », s'écarte clairement de l'intention première des sūtras et des traités.
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Transformation de la base : Le traité énonce que le saṃsāra s'appuie sur le Tathāgatagarbha pour exister, mais que l'esprit pur du Tathāgatagarbha n'a lui-même aucun support, à l'instar de l'espace vide. Il n'est pas affecté par l'illusion du saṃsāra, il est non né et impérissable, éternellement présent et immuable, et intrinsèquement pur. Si l'on abandonne la conceptualisation égarée et que l'on sort du trésor des afflictions, c'est comme l'espace vide qui retrouve sa clarté originelle : c'est l'éveil et le nirvāṇa, c'est la transformation de la base. L'essence pure (nature intrinsèque) de la transformation de la base est le Tathāgatagarbha libéré des souillures. Cette libération des souillures n'est rien d'autre qu'un retour à sa pureté originelle et inhérente. La transformation de la base, l'éveil et toutes les qualités vertueuses décrites dans le Traité du Joyau Ultime sont inhérents — une vision qui diverge clairement de celle des maîtres du Yogācāra.
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Atténuation de la dimension « soi » du Tathāgatagarbha : S'appuyant sur le Sūtra de la Reine Śrīmālā, le traité parle de la béatitude éternelle, du soi et de la pureté du fruit du Bouddha, mais ne fait plus référence au « soi » (du Tathāgatagarbha) dans l'état des êtres sensibles. Bien que le concept de « soi » conserve sa validité dans l'état des êtres sensibles, le texte dilue considérablement la teinte « soi du Tathāgatagarbha » présente en surface dans le Mahāparinirvāṇa Sūtra et l'Aṅgulimālīya Sūtra. Il s'agit d'une tendance partagée par l'auteur du Traité du Joyau Ultime et les maîtres du Yogācāra.
6-4. Questions de réflexion
6-4-1. Quel est le fondement doctrinal de l'affirmation du Traité du Joyau Ultime selon laquelle tous les êtres sensibles possèdent le Tathāgatagarbha ? Quelles sont les origines idéologiques de chacun de ces fondements ? 6-4-2. Quel est le raisonnement qui sous-tend la « pureté intrinsèque de l'esprit » ? Quel est son lien avec la doctrine de la « nature innément pure de l'esprit » ? 6-4-3. Qu'est-ce que la « sagesse de vacuité » dans les enseignements du Tathāgatagarbha ? Quelles sont ses similitudes et ses différences avec les Prajñāpāramitā Sūtras ? 6-4-4. Qu'est-ce que la « transformation de la base » ? Comment le Traité du Joyau Ultime décrit-il la « transformation de la base » ? Quelles sont ses similitudes et ses différences avec les études yogācāra ?